La Mule et l’Intello – Confinement : avec ou sans vue sur les Pyrénées ?


Discours, à la nation, du Président de la République. Beaucoup l’écoutent : « un virus tueur circule. Ce n’est que le début. Ce sera long. Protégez-vous… ». Le lendemain, l’Intello, solennel, lut à sa chère mule Pomponette quelques strophes des « Animaux malade de la peste » : « ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés… ». La Mule en frémit de tout son corps. Ne sachant trop qui était le plus menacé, de la Mule ou de l’Intello, tous deux décidèrent de replier voilure.
A Arbus, au fond du bois, l’un se calfeutrera dans son modeste ermitage, l’autre dans le petit enclos adjacent. Fini les douces sorties en montagne. Les yeux de Pomponette en perdirent leur brillant. Ses longues oreilles en tombèrent. Malgré le poids du sac de l’Intello, toujours lourd depuis qu’il encadrait, Pomponette s’était prise à aimer les longues escapades sur les crêtes. Pour l’Intello, la passion remontait à loin. Là-haut, il respirait. Tout simplement.
Pomponette se mit à grimper sur la petite butte au bout de l’enclos. L’Intello s’inquiéta. Obstinée, elle se tenait sur le point le plus haut, la tête tournée vers les lointaines montagnes. Camouflées par les bois, elles étaient invisibles*. Point de vue, point d’espoir. De tristesse, elle en oubliait de manger.
L’Intello ouvrit l’accès au pré. Bugles rampantes, boutons d’or, pâquerettes printanières parsemaient généreusement l’herbe tendre. Pomponette céda à la tentation et en oublia rapidement les montagnes perdues, ses jonquilles et autres gentianes du moment.
Après tout, ne valait-il pas mieux ne pas voir les Pyrénées plutôt que d’être confinée face à elles, entre Bielle et Castets, sans pourvoir les parcourir ?

* NDLR : Arbus est un village situé sur les pentes nord des coteaux de Jurançon : pas de vue sur les Pyrénées. Ce qui n’est pas le cas de Bielle et Castet situés directement au pied des montagnes.

A propos Bernard Boutin

A 7 ans, mon père me trainait au tour du pic du Midi d’Ossau, en Béarn. A 17 ans, je faisais du stop avec mes skis de randonnée. Je me souviens qu’à la nuit tombée, à la sortie de Tarbes, un paysan me chargeait. Arrivé en rase campagne, en sortant les skis de la bétaillère, ceux-ci étaient plein de purin ! La passion était plus forte que ces petits désagréments. A 27 ans, je quittais un bon « job » à la Défense, pour « descendre » aux Pyrénées. A 37 ans, avec quelques copains, nous grimpions, en ski de randonnée, le Vignemale, le Balaitous et quelques autres… A 47 ans, 57 ans, les Pyrénées toujours. On l’aura compris, pour moi, sans les Pyrénées, point de respiration.
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