HRP – Retour à la première étape : Toujours aussi venteux !

Cheveux au vent !

Départ : col des Gascons au-dessus de Banyuls (384m)
Destination : puig de Salfort (960m) (retour par le même tracé)
Qui : Marimar, Maïlys et Bernard Boutin
Quand : 2 juillet 2017
Profitant de la présence de Maïlys à Argelès-sur-Mer, retour sur la première étape de la HRP d’est en ouest, démarrée à Banyuls en juin 2014. Rappel : la HRP et le GR10 ne font qu’un pendant les 4 premières étapes.
Le temps est bien plus beau qu’en 2014 mais le vent à « décorner des boeufs » est plus fort encore qu’en 2014 ! De très belles vues cette année mais des bâtons particulièrement utiles pour se maintenir sous les rafales de vents.
Montée depuis le col des Gascons – une référence à d’Artagnan et ses mousquetaires venus aider le Roy de France à chasser les castillans du Roussillon – jusqu’au puig Salfort où nous découvrons un refuge kitsch à l’abri du vent sous un énorme caillou.
A la descente, je pars chercher une source proche du GR10, les femmes en profitent pour aller au « petit coin » et au retour, je ne retrouve que Maïlys. Pensant Marimar devant, nous filons vers le bas pour la rattraper et ne la trouvons jamais.
Elle est en fait derrière ! A force d’aller dans tous les sens, le compteur kilométrique augmente d’environ 5 kms, passant de 10 kms à 15 kms pour la sortie.
Des randonneurs arrivent de Banyuls chargés comme des baudets. Des HRpistes tout frais qui démarrent 45 jours d’étapes et de nombreuses surprises : mauvais temps, blessures, belles rencontres, étapes sympas etc. Bonne route !
Retour un peu énervé, et toujours aussi venteux, après les efforts pour retrouver Marimar qui nous accuse d’avoir voulu la perdre. No comment !
Content d’avoir refait une partie de cette étape « fondatrice » qui marqua le départ d’une traversée des Pyrénées « mémorable ».

– par Beñat
Bernard Boutin
8 juillet 2017

Le verdict du GPS (croisé avec les évaluations faites sur la carte IGN et Basecamp) :
– Dénivelé : +723m, point le plus haut :960m (puig de Salfort), le plus bas : 384m (départ col des Gascons), durée de la sortie 2h, distance parcourue : 9,8 kms
– Participants : Marimar, Maïlys et Bernard Boutin
– Les randos d’avant : c’est
– Passez le curseur de votre souris sur les photos pour faire apparaitre les commentaires ou cliquez sur la première photo pour dérouler le diaporama.

l’étape du jour

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Cinquantenaire de POMBIE et tour du Peyreget en prime !

Les ballons du cinquantenaire pour Charlotte

Samedi, 8h45, cirque d’Anéou – Les mules descendent à la rencontre des premiers « festayres » qui arrivent pour célébrer les 50 ans du refuge de Pombie. Le programme est chargé. La République des Pyrénées, l’Eclair et France-Bleu Béarn ont largement annoncé l’évènement.

Là-haut, à côté du refuge, les bénévoles du « Club Alpin de Pau et de la vallée d’Ossau » ont monté 5 tentes marabout pour y loger une exposition et offrir un couchage aux participants.

Montée vers le col de Soum de Pombie. Juste un petit rapaillon, comme on dit dans le coin, sauf qu’il fait face au soleil levant. Coup de chaud pour le randonneur chargé de sa tente, son sac de couchage, son tapis de sol etc. Pas étonnant qu’il y ait tant de gens qui aiment dormir dans les refuges ! Une question de poids. 
Cela dit, les gardiens, rencontrés pour préparer la saga, ont décidé de dormir dehors ! Ils connaissent que trop les nuitées en refuge : Chaud, froid, ronflements, flatulences, portes qui grincent pour la « pause pipi » !

Le cairn immortalisé par Hervé BUTEL

Au col de Pombie, le cairn immortalisé par Hervé BUTEL n’est plus qu’un piètre amas de pierres. Qui pour le remonter ?

Le refuge est droit devant. Un peu en contre-bas. Il s’est fait beau d’un coup de peinture. C’est pas tous les jours qu’on a 50 ans !

L’exposition « Pombie d’hier et d’aujourd’hui » est ouverte. Une bonne chose que ces panneaux qui expliquent, ou tentent d’expliquer, l’origine du mot Pombie, son premier refuge, la construction du second en 1967, les cinq gardiens qui s’y sont succédés etc. Séance photo touchante pour eux et leur famille.

Des grimpeurs, des randonneurs, des guides de montagne, des bergers, des gardes du parc national, des touristes de passage, souvent espagnols, arrivent en nombre. Charlotte et Mathieu arrivent enfin.

Midi approche. Le quart d’heure béarnais est bien passé. Tant pis pour les retardataires. Début des discours officiels. Tous se félicitent du travail réalisé, par les différents acteurs, durant les 50 années passées et posent les jalons pour le futur. Les challenges sont nombreux, avec en premier d’entre eux l’approvisionnement en eau qui devient de plus en plus rare.

Le temps de l’apéro

La faim commence à tenailler. L’apéritif déjeunatoire – et oui, on peut le dire ainsi – est préparé sur la terrasse du refuge. Les tables du « réfectoire » sont sorties pour l’occasion. Elles regorgent de produits à déguster. Nourrir plus de cent personnes, alors qu’il n’y a ni route pour s’approvisionner, ni électricité est un « challenge » qui demande beaucoup de logistique. Karine et Léon, avec leurs cuisiniers, ont fait fort : chapeau ! Dessert, café et tout le monde s’égaille au gré des activités proposées.

Deux gardes du parc national doivent nous introduire aux zones humides du secteur. Justement, elles sont moins humides que jamais. L’eau a disparu « au cours des dernières semaines ». Peu est à observer. Réchauffement climatique, manque de pluie, pollution des eaux partout. Une raison parmi mille : les bouchons des pécheurs qui remontent de lac en lac s’y mettent ! Qualité des matières ? Qualité des peintures ? Réintroduction d’espèces de truites, non autochtones, qui menacent les éco-systèmes locaux. Disparition des batraciens, explosions de la population de rongeurs. Un environnement en pleine mutation. Inquiétudes.

Mais aussi des notes d’espoir avec la découverte, il y a quelques années en Aragon, d’une espèce de grenouilles, jamais observée auparavant : » la grenouille des Pyrénées  » et que l’on a aussi retrouvée dans deux vallons de la vallée d’Aspe. Deux gardes du parc très « pro » et intéressants.

Au même moment, des randonnées partent à la recherche de la mine d’Ossau, à la découverte de la flore ou encore au col de Peyrejet.

sun-set de cinéma !

La « tarde » avance, Monique BEAUDEAN et Pierre VIDAL content, à une assemblée très attentive, leurs histoires de fées et sorcières de ces contrées d’Ossau, perpétuant la magnifique tradition des troubadours en pays d’Oc. Plus, ils avancent, plus les cimes à l’est, allant du Lurien au Palas, de l’Arriel au Peyrelue, se parent d’une belle couleur orangée. Un très beau moment de calme et de quiétude.

Apéritif et diner sur la terrasse pendant que le groupe ESTA de Laruns se prépare à nous entrainer dans de nouvelles « ballades ossaloises ». Douceur du moment alors que les derniers rayons du soleil achèvent de caresser les cimes. Mélodies après une journée bien remplie en rencontres et riches échanges… et avant de rejoindre la tente et sa pierre mal placée sous le tapis de sol. Il y en a toujours une « diou biban » ! Charlotte et Mathieu s’installent aussi sous leur tente.

Quelques gouttes de pluies sur la toile de tente et magnifique soleil dès 6 h. du matin. Mathieu, en guise d’échauffement, file au col de Suzon. Charlotte préfère la « grasse mat »
Petit déjeuner au refuge, pliage des tentes marabout avant que les « festayres » ne s’égaillent dans toutes les directions à la recherche du bouquetin au col de Suzon, à la découverte des araignées ou de la flore pendant que d’autres s’attaquent au Peyreget ou à l’Ossau.

Retour au cirque d’Anéou, en passant par les cols de Peyreget et d’Iou. A défaut de faire le tour de l’Ossau, celui du Peyreget aura été réalisé ! La montée à l’estive n’a pas encore eu lieu. Les pâturages sont gras, épais et bien fleuris. Nous partons « hors-piste ». Dans les montées, Charlotte est derrière. Dans les descentes, elle est devant !

Un beau final après une fête particulièrement réussie. Rendez-vous pour les 100 ans… dans 50 ans !

– par Bernard BOUTIN

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Rando solo de reprise : boucle des lacs par la Hourquette d’Arre

Départ : Gourette (1400)
Destination : lacs d’Uzious, de Lavedan, Hourquette d’Arre, « Petit Arre Sourins », lac d’Anglas
Qui : Bernard Boutin
Quand : 14 juin 2017

Avec le pied gauche douloureux depuis deux mois, il s’agit de « tester la bête » et voir si une randonnée « respectable » peut être réalisée. Un test à réaliser plutôt seul pour ne pas gêner une collective au cas où…
Une occasion aussi pour tester de nouvelles chaussures, achetées par internet en Allemagne où LOWA propose non seulement les classiques tailles (42, 43, 44 etc.) mais aussi des largeurs small, medium, large. C’est parti donc avec du « 45 1/3 large » : de véritables pantoufles !
Montée classique jusqu’au lac d’Uzious (2115). Un peu de neige le long de la conduite d’eau sous le réservoir. Personne en vue.
Arrivée au lac de Lavedan (2179). Vraiment un beau cirque à voir et à revoir. La neige est bien présente sur les pentes de la Géourgue d’Arre.
Remontée entièrement sur la neige (ferme) du vallon qui conduit à la Hourquette d’Arre. Ce vallon, enneigé est un vrai régal. Marmottes.
Le cheminement devient de plus en plus raide. Me voila contraint à de petites pauses sur la phase terminale. C’est ma première vrai rando pédestre depuis janvier dernier !
A la Hourquette, toute la vue se dévoile vers le Soussouéou. C’est beau. Le GR10 arrive à ce col pour filer ensuite vers le lac d’Anglas. Personne en vue. Pas de randonneur sur le GR10.
Un dernier rapaillon et me voilà au petit sommet situé à 2574 sur la ligne de crête de l’Arre Sourins. 1200 mètres de dénivelés depuis Gourette : pas mal pour une reprise !
Pause casse-croûte face à l’Ossau. Un vraiment beau belvédère.
Descente vers la cabane d’Arre, située sous le pic d’Anglas. Son toit a été refait. Un abris qui peut être utile en cas de mauvais temps. Continuation en direction du lac d’Anglas.
Des ponts à neige le long des ruisseaux. Grosse méfiance. L’an dernier, fin juin, un randonneur a glissé sous un de ces ponts et n’a pas pu en sortir. Il est décédé là.
Au lac d’Anglas, quelques touristes. Retour par la voie normale. Arrivé à Gourette, je plonge les pieds dans l’eau froide. On ne sait jamais, cela pourrait être utile…
Une belle reprise en tout cas.

– par Beñat
Bernard Boutin
15 juin 2017

– GPS oublié à la maison. Le verdict basé sur la carte IGN et Basecamp : 1200 m de dénivelé, 13 à 14 kms. Point le plus haut : 2575. Point le plus bas : 1400 m.
– Participants : Bernard Boutin
– Les randos d’avant : c’est
– Appareil photo oublié (photos présentées : même rando en 2009, 2011 et 2012)
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Pombie 1967-2017 – La saga des Gardiens (acte 5, 2007-2017) : Karine et Léon, la « dimension humaine »

2008 : Léon, Karine, Malou

Avec Karine DEPEYRE et Jean-Marc FERRI dit Léon, s’ouvre le dernier « acte » de la saga des Gardiens de Pombie : un acte inachevé puisque les deux co-gardiens sont toujours bien aux commandes et contents d’y être.

Originaire de Saint Etienne, Karine fait à Toulouse un mémoire sur « l’architecture en milieu rural » mais c’est « l’architecture de la montagne pyrénéenne » qui l’entrainera vers sa vocation de gardienne. Aide gardienne à la Grange de Holle l’hiver 1996, puis au Marcadau l’été suivant, Karine devient gardienne des Oulettes de Gaube en 1997. Le refuge reste ouvert en hiver ce qui lui donne l’occasion de continuer à grimper en hivernale. Pour la gardienne, il est important de comprendre les réactions des alpinistes : « Pour saisir ce qu’est l’adrénaline, il faut l’avoir vécu ! »

En avril 1998 Karine est bloquée aux Oulettes de Gaube par une fracture du pied lorsque Léon y fait étape. Il traverse les Pyrénées en ski de randonnée et s’y trouve bloqué par le mauvais temps. Karine lui propose alors de faire du portage pour le refuge. C’est le début d’une belle histoire…

Le Club Alpin de Lourdes ayant comme projet de passer le refuge de 70 à 100 places, Karine et Léon se mettent en recherche d’un refuge à « dimension humaine ». Ce sera d’abord celui de la Glère sous le Néouvielle, où ils resteront 4 ans, avant d’arriver à Pombie pour la saison 2007.

Malou : jeune caissière ?

A peine arrivés à Pombie, Malou rejoint l’équipe. Née le 28 août, elle se « cale rapidement sur Papa et Maman ». Il lui faut peu de saisons pour se mettre à la vaisselle, à la préparation du pain et des tables. Partageant les repas avec les visiteurs, la « gardienne en herbe » apprend à vivre avec les adultes. « Amenée à se débrouiller par elle-même, elle est obligée à réfléchir ». Désinhibée, elle grandit vite. Pombie : une école unique !

« Corvée de patate » pour Léon et Malou

Pour autant, Karine et Léon n’oublient pas d’accompagner leur fille, de partager avec elle ses expériences, notamment avec les « choums », ces éternuements qui arrivent et repartent en suivant (!). Traduction : ces jeunes, de l’âge de Malou, qui arrivent au refuge un soir pour repartir le lendemain. S’il lui en dit, elle les accompagne volontiers, lors de leur départ, jusqu’au col de Pombie, de Suzon ou ailleurs.

Cette dimension humaine en famille a sa continuité avec les visiteurs. Karine a besoin des gens, source d’équilibre et de convivialité. Le refuge de Pombie, plus petit que celui des Oulettes, permet ce contact, cette proximité. Il est partagée entre grimpeurs, itinérants de la HRP, randonneurs de la variante du GR10, marcheurs faisant le tour de l’Ossau et les « petites familles » qui sont montées depuis Anéou. Une diversité incomparable qui permet des « rencontres extraordinaires » que Karine et Léon favorisent. Exemple : au moment de placer les gens pour diner, ils se prennent au jeu de créer des « tables improbables » afin de favoriser des échanges inattendus et riches.

Bien entendu, il y a des moments plus tendus, moins ouverts au contact : les 15 premiers jours d’août quand le refuge affiche complet avec une foule pas toujours initiée : « Vous n’avez pas des glaces ! Puis-je avoir un cornet de frites ? » A ce moment-là, la montagne n’est pas uniquement un défi pour les visiteurs – chacun à son niveau -, elle le devient un aussi pour le gardien : le temps du dépassement. Mieux vaut s’y préparer et savoir se créer une bulle « pour être disponible ensuite… »

Les clients insupportables sont rares. Trois à quatre dans l’année du type :
– Elle : « Vous n’avez plus de place. Vous n’avez qu’à m’en trouver une. Je ne bouge pas ! »
– Karine (embêté) : « Je le répète, le refuge et le marabout sont pleins mais, je peux vous proposer une tente » (que Karine conserve pour des amis de passage)
– Elle (à son mari ) : « Tu vois Thierry, elle me prend de haut, elle me propose une tente… »
Arrive alors Léon à la rescousse !

Le mois de septembre est celui des grimpeurs. Les fins de semaines affichent complets avec des « tous les gens du coin » qui ont voulu éviter la foule du mois d’août. Pourtant, « ils feraient mieux de venir début août, il y a alors moins de monde sur les pentes de l’Ossau ».

Karine et Léon ne sont pas simplement des « hôteliers-restaurateurs ». Chaque fois qu’ils le peuvent, ils participent ou organisent des fêtes et rencontres. En début de saison, il y a bien entendu la traditionnelle « fête de la montagne » qui se tient fin juin. Il y a aussi la « fête de la fissure » du dernier week-end d’août où les jeunes espoirs alpinistes de tout le sud-ouest, encadrés par les Clubs Alpins de la région, viennent se frotter aux nombreuses voies. De la traversée des 4 pointes aux flammes de Pierre, l’Eperon E, l’Embarradère, la Thomas, la SE classique etc.

Karine, formée par ses études à la « conception de projets culturels », anime, en été 2014, des « rencontres croisées » entre montagnards-amateurs-artistes et guides-artistes, photographes, aquarellistes ou encore écrivain. Toujours à la recherche d’échanges, sources d’enrichissement.

Au moment d’imaginer le futur du refuge de Pombie, Karine et Léon sont unanimes : surtout ne pas s’y connecter mais plutôt s’y déconnecter ! Fervents adeptes du « pas de WIFI, pas de connections à tout crin » (il n’y pas d’énergie pour cela à Pombie, même si un vélo est disponible pour recharger les portables), ils recommandent de savoir « perdre son temps et cesser de vouloir s’occuper en permanence ».

Le refuge doit « résister à la pression et ne pas se plier à la marche du monde ». Le manque d’eau, d’énergie et l’éloignement appellent la sobriété et le rôle pédagogue qui en découle. Au final : « la montagne est reine, pas le client ». Une affirmation que Karine contrebalance avec brio quant on sait les bons « petits plats » qu’elle aime à mijoter pour ses clients… malgré « le manque d’eau, d’énergie et l’éloignement ».

Quant à la déconnection, si elle est voulue pour les montagnards, Karine et Léon connaissent plutôt l’astreinte 24h sur 24, 7 jours sur 7 : « on fait les 35 heures en moins de deux jours… » . « Certaines cordées ne rentrent qu’à 3 heures du matin » rajoute Léon. Il faut les attendre, voire surveiller leur retour.

Malou, gardienne en herbe, suit les cordées

Les techniques d’interventions ont d’ailleurs évolué fortement. Alors qu’il n’y a pas tellement longtemps, le précédent gardien Guy Serandour, pouvait être amené à guider les cordées, en difficulté, en tapant sur une casserole : deux coups signifiant de passer par la droite, un coup par la gauche, les appels « au secours » sont maintenant réalisés depuis les portables des grimpeurs. Un gain de temps indiscutable et une communication bien plus simple. Quant aux secours, du PGHM d’Oloron ou des pompiers des Pyrénées-Atlantiques, ils peuvent intervenir, si nécessaire, de nuit avec des lunettes de visée nocturnes.

Pour la logistique, Léon est aux commandes, organisant héliportages, portages, entretien et, si le refuge tourne bien, Léon tient à ajouter que son succès doit aussi être partagé avec le gestionnaire. « Il y a CAF et CAF ! Celui de Pau, qui gère Pombie, a une gestion sur le bâtiment suivie d’actes. Un travail d’équipe réalisé par des bénévoles réellement impliqués ».

Si Pombie a de nombreux atouts, mentionnées par ses 5 gardiens successifs, la proximité paloise du gestionnaire ne doit pas être oubliée.

– par Bernard Boutin

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Pombie 1967-2017 – La saga des Gardiens (acte 4, 1979-2006) : Guy SERANDOUR, le capitaine au long-cours

Vu depuis le « passe-plat » : Guy SERANDOUR

Quand, en juin 1979, Guy SERANDOUR pousse la lourde porte en fer du refuge de Pombie, il n’imagine pas  un instant qu’il va y passer 28 saisons ! Suffisamment de temps pour pouvoir y constater les effets du changement climatique ou l’évolution profonde des pratiques montagnardes, avec l’aide du Parc National des Pyrénées et sous l’impulsion de DECATHLON !

Breton de Bordeaux, membre du CAF depuis 1962, Guy n’avait qu’une hâte : quitter son travail fastidieux pour grimper dans les Pyrénées. Annie, sa femme enseignante, est mutée à Oloron en 1973. S’en suit une installation face aux Pyrénées, à la Croix de Buzy, sur la moraine frontale de l’ancien glacier de l’Ossau. Démarre alors une longue histoire d’amour avec la vallée d’Ossau. Premiers boulots montagnards : Guy « bosse » deux saisons d’hiver à Artouste, et trois saisons d’été comme gardien au refuge d’Arrémoulit. Il s’ancre plus profondément encore dans la vallée d’Ossau.

En arrivant à Pombie, le jeune gardien de 43 ans, ne trouve pas d’eau sur place. Pour éviter une possible inondation du refuge pendant l’hiver, son prédécesseur a débranché, fin septembre, le tuyau quelque part sur les pentes sous le Peyreget. En ce mois de juin, Guy creuse des trous dans la neige, parfois jusqu’à plus de 3 mètres, pour ne jamais trouver le tuyau dévié. Il faudra un mois pour reconnecter l’eau !

Comparé à Arrémoulit, Pombie est un 4 étoiles, même si très vite, il doit changer le frigidaire à pétrole et le chauffe-eau. Il installe une première douche privée à l’extérieur. Les publiques suivront à l’intérieur. Le début d’une longue litanie de travaux, grands ou petits, lien commun à tous les gardiens de refuges, démarre. Pêle-mêle : crépine de pompe à eau bouchée, déchets à évacuer, fosse septique débordante etc.
Pour la fosse justement, il lui faudra un certain temps pour comprendre que, sans un minimum de chaleur, elle ne fonctionne pas et conduit aux débordements. Reste alors à la vider. Un pensum dont Guy se passerait bien ! La solution finit par arriver : il suffisait de surcharger la fosse d’EPARCYL qui, par un apport de minéraux et d’oligo-éléments, stimule l’activité des bactéries.

Héliportage par une « alouette »

Les approvisionnements se font souvent par hélicoptère. Les alouettes d’Héli-Union sont mises à contribution. Il s’agit de faire monter les provisions. Pas toutes. Seules les denrées non périssables arrivent par les airs : conserves, lait, pâtes, riz, boissons, produits d’entretien. Au retour de la « rotation », les déchets sont descendus. Guy se souvient, avec émotion, des pilotes morts dans des accidents. Si la montagne tue régulièrement grimpeurs et alpinistes, en 28 ans, elle aura aussi emporté son lot de pilotes. Cinq en tout. Tous des amis.

Le portage complète les approvisionnements. Il s’agit de monter les produits frais : pain, viande, oeufs, légumes essentiellement. Portage à dos d’homme : 25 à 35 kilos, depuis Anéou, une à deux fois par jour, 4 ou 5 fois par semaine en juillet et août. Une tâche, pénible et répétitive, que Guy partage avec son équipe. Mais, il n’y a pas que le portage lui-même. Ces produits frais, encore faut-il les chercher dans la vallée à Laruns, Rébénacq ou même Pau. A Anéou, il n’y a pas de boutique !

Héliportage juillet 2003

Pendant 3 ans, une ânesse, Marguerite, l’épaule. Elle peut porter de 70 à 80 kilos mais voilà, l’animal n’aime pas vivre seul et peut s’échapper pour rejoindre d’autres congénères ! Et comme Guy ne veut pas l’attacher, la solution n’est pas simple.
Une année, à la mi-septembre, il neige fortement sur Pombie. Où mettre Marguerite ? Ce sera finalement sous le porche d’entrée du refuge. Il neige toujours. Décision est prise de la redescendre sur Soques. Guy ne retrouve pas le chemin recouvert d’une épaisse couche de neige. Marguerite passe devant et guide Guy sur le tracé enfoui du sentier. Quel instinct !

1975 : sommet de la Grande Aiguille d’Ansabère. Crédit JM OLLIVIER

Guy est grimpeur avant d’être gardien de refuge. Nostalgique, il aime à se souvenir de ses premières années à Pombie où il échangeait avec les grimpeurs sur les courses. Régulièrement, il jetait des coups d’oeil vers les voies où ils évoluaient. Les jumelles n’étaient pas loin, non plus. Il ressentait leur progression et devinait ceux qui seraient contraints de bivouaquer sur les parois de l’Ossau ! De temps à autre, au début du moins, avec des amis, il s’échappe pour réaliser quelques voies. Pas des premières, elles ont déjà toutes été faites.

A cette époque, pour le gardien de refuge, la sécurité est un souci permanent dans cette « montagne dangereuse » : à partir de quel moment faut-il déclencher les secours ? Les grimpeurs et randonneurs n’ont ni téléphone portable, ni de balise de détresse. Seul le téléphone du refuge permet de contacter les gendarmes pour évaluer la situation et voir s’il faut déclencher une opération de secours.

Chaque année apporte son lot de blessés et de morts qu’il a pu découvrir lui-même. Un jour, 30 à 40 membres de la célèbre ENSA (Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme)  de Chamonix débarquent à Pombie pour 5 jours de formation. Le refuge leur est entièrement réservé. Dès le lendemain, première sortie et un guide se tue. Le jour suivant, toute l’équipe plie bagage et rentre à la maison. Depuis, on n’a plus jamais revu l’ENSA à Pombie!

Sécurité des hommes mais aussi sécurité du refuge. Au début, Guy laisse à disposition, dans la salle commune, un réchaud. Il y a aussi des extincteurs. Ceux-ci sont volés. Les fenêtres du refuge sont clouées l’hiver pour éviter les infractions. Et, quand ce ne sont pas les hommes qui violent l’intégrité du refuge, les animaux, en hiver, trouvent des solutions à leur tour. Plusieurs fois, à la reprise de juin, Guy trouve des loirs installés à la cuisine. Ils entrent par la cheminée ou en mangeant les plastiques des aérations des fenêtres.

Pombie est un refuge « facile ». On ne s’y lève pas de bonne heure : 5h30 au plus tôt ! Il faut pourtant être 4 sur place en juillet et août pour le faire « tourner ». Cinq est même plus confortable : « C’est qu’il y a de quoi faire entre les repas, l’entretien, la réservation et la gestion des arrivées. » Au début, la réservation par téléphone n’est pas entrée dans les mœurs, cela provoque des situations désagréables à gérer : installer le soir plus de dormeurs qu’il n’y a de matelas ! Diplomatie et autorité.

Macédoines en entrée

Aimant bien faire son travail, Guy s’entoure, année après année, de fidèles. Famille et employés avec qui il sait créer un bon esprit d’équipe. Pour preuve, certains salariés resteront sur place plus de 10 ans !

1986 :  L’Espagne rejoint la Communauté Européenne. Les espagnols arrivent de plus en plus nombreux dans les Pyrénées françaises. Bien logiquement, il est décidé, à partir de cette année-là, d’ouvrir l’hiver la route du col du Pourtalet. Dès 1988 démarre la construction des paravalanches.

En mai 1999, le refuge connait le seul agrandissement significatif de la période 1967-2017. Un bloc sanitaire, de 3 WC et deux douches, est construit sur son côté sud. Cela a l’avantage de permettre d’agrandir la cuisine en supprimant un WC situé dans le refuge lui-même.

Les années passent, le rythme devient immuable : 4 mois de saison à Pombie, 4 mois comme pisteur à Gourette. Le reste du temps en vacances. Aux Antilles souvent, sur l’eau : « Les montagnards s’adaptent très bien à la vie sur les bateaux ». Gérer les équipages, les approvisionnements, le temps. Capitaine de navire et gardien de refuge, mêmes sujets de préoccupation !

Le Parc National des Pyrénées attire de plus en plus de visiteurs, motivés par la beauté du site et la perspective de voir des animaux. Il trace de nouveaux sentiers en dégageant l’herbe sur les pentes. Dix ans plus tard, ils sont transformés en « oueds ». Il faut alors les empierrer. Mais, rien n’arrêtera la vague montante d’une clientèle nouvelle, toujours plus nombreuse, de randonneurs d’abord et ensuite de simples touristes.
De leurs côtés, les Offices du Tourisme distribuent des plaquettes démocratisant la montée au refuge. DECATHLON propose des produits, rendant accessible la pratique de la montagne. Autant d’éléments qui favorisent l’accès à Pombie et ailleurs. Devant la « foule », Guy, le gardien de refuge, se voit contraint de se transformer en hôtelier et restaurateur. Et, dire qu’il n’aime pas cuisiner !

Ethique, il continue à préférer son refuge comme lieu où les grimpeurs se retrouvent et préparent leur course. Ils sont, malheureusement, toujours moins nombreux. Au fur et à mesure du renouvellement de la « clientèle », l’amicale complicité des grimpeurs est souvent remplacée par « la tête des gens et le ni-bonjour, ni-sourire de ceux-ci ». Beaucoup d’exigences aussi.

Décidant de ne pas faire la saison de trop, Guy décide de passer la main, à fin de la saison été 2006, après 28 saisons passées au pied du pic du Midi d’Ossau. Il y a bien droit, il vient d’avoir 70 ans ! Le capitaine au long court descend alors à terre. Il ne va pas loin et s’installe dans sa belle ferme béarnaise, proche des « Bains de Secours ». Depuis ce nouveau port d’attache, il peut continuer à jeter machinalement, de temps à autre, un coup d’oeil vers l’Ossau.

– par Bernard Boutin

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