Pombie 1967-2017 – La saga des Gardiens (acte 3, 1976-1978) : Guy MAYLIN, gardien malgré lui !

A Gabas, sous l’Ossau, Guy MAYLIN (2è en partant de la droite en bas)

Guy MAYLIN est le plus local des gardiens de Pombie. Plus local, impossible. Il est né en 1948, juste en dessous du refuge, à Artouste « sous le téléphérique ». Son père est contremaitre à la Compagnie des Chemins de fer du Midi, sa mère reste au foyer. Elle a fort à faire avec une fratrie de 8 enfants.

De ses études à l’école de Gabas, on retient que son instituteur, Monsieur GARDIEN, a l’habitude de terminer l’année scolaire en emmenant ses élèves gravir l’Ossau. Guy y grimpe, pour la première fois, à 5 ans ! Démarre alors une vie consacrée à la montagne.

Quelques années plus tard, au cours de l’hiver 75/76, Guy, guide de haute montagne auprès du Bureau des Guides de Laruns, se fracture la clavicule, la tête de l’humérus et se déchire les ligaments de l’épaule lors d’une compétition de ski à Gourette. Pour le chirurgien qui l’opère, le Docteur BOUTIN de la clinique Marzet, un constat s’impose : Guy va devoir se passer de grimper, pendant au moins deux saisons, le temps nécessaire pour que l’épaule se fortifie.

C’est la catastrophe pour Guy qui doit trouver un « boulot alimentaire ». Le guide postule alors aux emplois de gardien des refuges de Pombie et d’Ayous qui sont tous les deux libres pour l’été 76. Le Parc National des Pyrénées approuve sa candidature pour le refuge d’Ayous et, suite à l’intervention de Popo DAUDU auprès du président du Club Alpin de Pau, il est aussi pris pour Pombie. A 28 ans, Guy, le guide qui ne rêve que de grimpe et de randonnée, se retrouve à la tête de deux refuges à gérer !

C’est compter sans le sens de l’organisation de la famille MAYLIN. Depuis déjà 4 ou 5 saisons, deux soeurs de Guy, Michelle et Nicole, tiennent le refuge d’Arrémoulit. Elles sont aidées par leur frère Jean-Louis. Guy propose à ce dernier de tenir Ayous pendant qu’il s’occupera de Pombie. La famille, installée dans 3 refuges proches de la vallée d’Ossau, va pouvoir alors organiser une gestion rigoureuse des équipes et des approvisionnements. Les achats se font en gros volume à Pau. Les héliportages « de mise en place » deviennent plus rentables.

Pour autant, Guy n’aime pas son travail : recevoir, cuisiner, gérer. Il n’a de cesse de redevenir guide. Pour cela, il lui faudra pourtant attendre 1978. En attendant, il fait de « l’alimentaire » qu’il complète l’hiver, quand les refuges sont fermés, par un emploi de responsable du centre de formation des moniteurs de ski à Gourette. Un centre qui dépend du Ministère de la jeunesse et des sports.

Crédit photo : Jean-Marie OLLIVIER

A Pombie, en cette première saison 76, ses enfants Philippe (6 ans et demi) et Véronique (5 ans), sa compagne Mado, le rejoignent dès que les vacances le permettent et pour les week-ends. Les premiers salariés apparaissent au refuge. Il faut dire qu’il y a de plus en plus de clientèle.

Franco est mort l’année précédente. Une bouffée d’air pour beaucoup de grimpeurs espagnols qui en profitent pour prendre d’assaut « el Midi » : « Les cordées grimpent en continu sur la sud-est de la Jean Santé  ! »

Il n’y a pas qu’eux. Le clan à POPO, des grimpeurs de haut-niveau comme Dominique JULIEN, Rainier MUNTCH dit Bunny, Christian RAVIER, Bernard PUISEUX, Christian DESBATS ou encore Christophe OLIVIER, passe régulièrement par le refuge. De sacrées soirées entre grimpeurs auxquels aimait se joindre Guy.

Les 45 places du refuge sont prises d’assaut. Il peut y avoir 50 personnes supplémentaires à caser. Elles dorment alors sur les bat-flancs, sur et sous les tables du réfectoire. A cette époque, il n’y a pas de norme de sécurité l’interdisant. Guy est satisfait : « Ça tourne bien ».

Eté 1976 : Le téléphone est enfin installé. Pas trop tôt ! Il faut cependant du temps pour que les montagnards s’habituent à réserver à l’avance. Les « trop-pleins » durent encore longtemps.

Avec un refuge qui tourne bien, il s’agit de l’approvisionner régulièrement. Aux deux héliportages d’Héli-Union par saison, principalement pour les boissons, le lait, les conserves et le gaz, il faut ajouter d’incessantes rotations avec les ânes. Marquise est retraitée. Elle ne porte plus. Un petit âne, « Petitou » la remplace. Il faudrait un âne supplémentaire. En attendant, les porteurs font le reste. Ils vont ensemble récupérer les approvisionnements qui sont stockés dans un local du Club Alpin situé au centre pastoral à Anéou.

Deux saisons de suite, Guy, en tant que guide, amène à l’Ossau, un couple de maraichers de Bayonne, par la voie normale. En remerciement, ils arrivent un jour au refuge avec « Fano », un âne marqué d’une croix sur son dos noir. Ils le lui offrent. Le portage se simplifie d’une façon sympathique et inédite.

Fano et Petitou sont gardés dans un enclos avec une clôture électrique. Un jour sur deux, ils sont de corvée de portage. Malin, celui qui est de corvée trouve toujours le moyen de s’échapper pour aller se cacher dans la raillère !

Fin 78, les ânes s’échappent à nouveau. Ils ne sont pas dans le vallon de Pombie, leur destination de fuite favorite. Il faut 5 jours pour les retrouver du coté du caillou de Soques alors que Guy les cherchait à Anéou !

Les allers et retours de portage se font escortés par « Anéou », le patou de la famille. Une négociation « chaude » a lieu avec le PNP pour obtenir l’autorisation de conserver l’animal à Pombie. Les bergers ont droit à leurs chiens mais pas les gardiens de refuge ! Guy doit faire un courrier au Parc pour obtenir une dérogation. Elle lui est accordée et généralisée à l’ensemble des refuges sur la zone du Parc. Il n’y a pas de petits combats.

Guy devient conseiller du préfet pour le secours en montagne. Il y a tout type d’accidents sur place. Heureusement, ils ne sont pas nombreux. Cela va de la touriste qui donne à manger aux ânes et se retrouve avec la deuxième phalange coupée net à des accidents plus sérieux nécessitant une évacuation par hélicoptère.

Un jour d’été 77, vers 14 ou 15 heures, une « alouette » vient chercher Guy. Une cordée est bloquée sur la face nord. Parmi les secouristes du PGHM d’Oloron, un spécialiste en spéléologie pas trop à l’aise sur les parois. Guy le remplace. Il est déposé à coté d’un alpiniste qui a les mains brulées. Pendant qu’il s’occupe du blessé, l’hélicoptère part chercher le deuxième membre de la cordée. En vol stationnaire, il essaye de le charger. Les pales des rotors viennent à toucher la paroi. Ses palettes (embouts de pales) sont sectionnées et volent dans tous les coins. L’hélicoptère pivote et plonge dans la vallée.  Le pilote LUMPERT arrive à redresser l’engin in-extremis et le pose en catastrophe à côté du refuge.

Il faut attendre les CRS de Lannemezan pour secourir, à pied et de nuit, le grimpeur bloqué. Quand à l’alouette, ce n’est que 4 jours plus tard, une fois les pales changés, qu’elle peut redécoller.

Guy aime bien le portage et le nettoyage mais l’accueil et la cuisine ne sont pas son « truc ». Ses soeurs, Michelle et Nicole, abandonnent Arrémoulit et viennent, à tour de rôle, en renfort pour les saisons 77 et 78. Le clan des ossalois(es) est aux commandes avec comme effets immédiats de bonnes garbures béarnaises et du fromage de brebis en permanence. Les tomes de 5 kilos viennent naturellement du saloir de Gabas. Un fromage d’hiver avec 4 mois d’affinage.

En hiver, les boues de la fosse sceptique se figent et sèchent. Il s’agit de la vider avec seau et pelle. « Le bagne ». En été, avec l’affluence au refuge, tout se complique. Il n’y a qu’un WC à l’intérieur. La fosse sceptique est souvent pleine. Guy est contraint de louer une pompe à main aux « Pompes funèbres générales » de Laruns. Un court répit pour le guide, gardien à ses dépens.

Et, s’il n’y avait que cela : sans WC accessible, depuis la « salle hors-sacs » et son dortoir ouverts pendant les 7 à 8 mois d’hivernage, les visiteurs n’ont pas d’autre solution que d’aller aux alentours du refuge. Souvent, ils ne s’éloignent pas des murs du refuge et de la terrasse ! Reste alors pour le gardien, à la reprise de saison, à nettoyer tous les pourtours immédiats du refuge. Une tâche pas particulièrement plaisante pour redémarrer la saison. (Une tâche qui reste malheureusement vraie en 2017 !)

Comme pour les BUTEL, le problème de la gestion des déchets est un souci non réglé. Combien d’années faut-t-il donc pour apprendre aux montagnards à ne pas les jeter ? Guy demande avec fermeté à ceux-ci de les descendre. Dès que le refuge n’est plus en vue, ils s’empressent de les cacher sous une pierre ! De quoi désespérer.

Derrière le refuge, un lavoir est installé à l’extérieur. Une poubelle facile que tout le monde utilise. Un jour, pris de colère, Guy le casse à coups de masse.

A la fin de l’été 1978, il y a de 80 à 100 personnes dans le refuge : « Du monde partout ». Dans la salle « hors-sac », les montagnards bourrent le poêle, mis à leur disposition, de leurs déchets. Un autre jour, croyant bien faire, ils entassent les poubelles dans un coin de la salle. Une véritable pyramide et un message (non dit) :  « Au gardien de les descendre. »  Guy n’encaisse pas toujours bien…

Les incivilités continuent dans d’autres domaines. Le mauvais temps tombe. Des randonneurs se réfugient dans l’abri des ânes. Ils prennent les couvertures de ceux-ci puis se mettent à redescendre vers Anéou. Guy les rattrape.

Eté 78, Guy achète à Pau de nouvelles chaussures : des « super-guides ». Il les destine à des courses de guide. Pour les casser, il fait du portage avec elles et les laisse à l’entrée du refuge dans les étagères à chaussures. Un jour, elles n’y sont plus mais ont été remplacées par les mêmes, plus anciennes et dans la même taille ! Coup d’oeil dehors, sans perte de temps, en direction des trois cols : Peyreget, Suzon et Pombie. Quelqu’un file vers ce dernier. Guy lui court après, le rejoint, regarde ses chaussures. Pas un mot n’est échangé. Le randonneur retire immédiatement les chaussures de Guy pendant que celui-ci, fou de rage, jette au loin les chaussures de l’indélicat.

A la fin septembre, cinq cafistes dorment dans l’ancien refuge. Cette nuit-là, Guy est à Laruns. Au matin, il va leur demander leurs cartes du CAF pour faire la facture. Ceux-ci ne veulent pas payer sous prétexte qu’il n’était pas sur place durant la nuit. Le ton monte. Ils en viennent presque aux mains. Devant la fermeté de Guy, ils finissent par céder. Ce jour-là, pour Guy le guide, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : « Il ne faut pas que je continue ce métier ». Il  démissionne à la fin de la saison 1978.

– par Bernard Boutin

1951 – Artouste – Le jeune Guy MAYLIN, deuxième en partant de la gauche. Sous le portique : un ours !

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Formation carto 2 à Gavarnie : le grand « remue-méninges ! »

Remue-méninges face à un cirque magnifique !

Nous savions qu’avec Jean-Pierre PETIT, animateur du CAF de Pau et spécialiste en cartographie, le week-end de formation du 20 et 21 mai, serait très studieux. Mais qui aurait imaginé qu’il le soit autant ???

Le matériel : carte IGN de Gavarnie au 25000ᵉ, boussole, altimètre, GPS, réglette, crayon à papier mais aussi lampe frontale pour une sortie de nuit le premier jour du coté de Peyrenère. Couché au refuge de la Grange de Holle à 1h du mat !

Le deuxième jour. Sortie dans le secteur de la Muntagnette et du pic de Larry. Calculer des azimuts, trianguler etc. Tout y passe.

C’est promis nous porterons un regard différent vers les cartes et le paysage. Excellente ambiance dans l’équipe et un Jean-Pierre, très disponible et super pédagogue.

Une sortie montagne différente mais bien utile. Rentré épuisé. Non pas de marcher, mais de tant réfléchir !

– par Bernard Boutin

Nota : Passez le curseur de votre souris sur les photos pour faire apparaitre les commentaires ou cliquez sur la première photo pour dérouler le diaporama.

Formation carto : Traces des 20 et 21 mai 2017

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Pombie 1967-2017 – La saga des Gardiens (acte 2, 1971-1975) : Hervé et Renée BUTEL, un photographe, une dessinatrice à la barre !

Refuge de POMBIE : Hervé BUTEL et son fils Guillaume. Crédit : JM OLLIVIER

Hervé BUTEL est décédé le 23 août 1989 sur les pentes de l’arête est de l’Arriel. Un sinistre rappel pour tous, gardiens, grimpeurs et randonneurs, que les Pyrénées ne sont pas qu’un simple terrain de jeu magique et exaltant. Un rocher se détache. L’irréparable se produit. Merci à Renée, son épouse d’avoir bien voulu témoigner à la place d’Hervé sur leurs « années Pombie ». Un retour en arrière pas simple.

Palois, grimpeur expérimenté*, Hervé BUTEL a déjà une première expérience d’un an comme porteur au Chalet Alpin du Tour, dans le massif du Mont-Blanc, quand Jean SUBERVIE, président du CAF de Pau, lui propose de prendre la suite de Jean-Louis PÉRÈS à la fin de la saison 1971.

Refuge de POMBIE : Renée aux « fourneaux » à Pombie. Crédit : JM OLLIVIER

Hervé et Renée montent à Pombie dès le mois d’octobre. Objectif : être ouvert pour l’hiver. Du moins pour les vacances de Toussaint, Noël, nouvel an et Pâques. Une expérience qui sera reconduite pour Pâques 72 et abandonnée par la suite. Force est de constater que seuls des amis montent sur place à ces dates.

Approvisionner le refuge n’est pas simple. La route qui conduit de Gabas au Pourtalet est fermée au niveau du Pont de Camps pour l’hiver. La clientèle espagnole pour le ski n’existe pas encore. Franco disparait en 1975 et l’Espagne ne rejoint l’Europe que 11 ans plus tard. Le col du Pourtalet mettra longtemps avant d’être ouvert régulièrement. Le portage des provisions se fait donc, dans la neige, par le vallon de Pombie. Pas évident et, il ne faut pas compter sur Marquise, l’ânesse des PÉRÈS reprise par les BUTEL, ni sur les héliportages qui ne sont utilisés à cette époque que pour les travaux. N’ayant pas de voiture, Hervé et Renée doivent aussi compter sur l’aide précieuse de la famille et d’amis. Les approvisionnements : pas simples !

Hervé souhaite monter un atelier de photographie en vallée d’Ossau et profiter des saisons à Pombie pour faire de la photo. De son côté, Renée enseigne, au collège à Nay, le dessin et les arts plastiques. Un travail qu’elle conservera pendant les 4 saisons de gardiennage d’Hervé. Comme pour Jean-Louis et Michèle PÉRÈS, il s’agit de trouver un complément de rémunération. Le refuge ne suffit pas.

Les deux premières saisons, sont plutôt calmes. Des moments de joie pour le jeune couple qui partage son temps entre famille et amis.
Le Parc National achève assez rapidement l’axe Ayous, Peyreget, Pombie, Soques, Arrémoulit qui correspond à celui de la HRP (Haute Route des Pyrénées). Un bouleversement se produit alors. Aux grimpeurs, surtout cafistes et aussi espagnols (des « durs » ceux-là!), s’ajoutent de plus en plus de randonneurs.

Si le jeune Parc National commence à générer du trafic au refuge, il a aussi ses exigences. A cette époque, les montagnards n’ont pas le souci de descendre dans la vallée leurs déchets. Des boites de sardines, de pâté, des papiers, du plastique jonchent les sommets alentour et les bords du lac de Pombie. Les bouteilles sont abandonnées à même le sol.

Au refuge, depuis son ouverture, il a été pris l’habitude de mettre les déchets dans des sacs bleus clairs qui sont ensuite entassés dans un coin de la raillère. On les voyait depuis le sommet de l’Ossau !

Le Parc ne veut plus de cela et contraint à nettoyer la raillère. Hervé, entouré d’amis, de membres du CAF et du Parc National, s’attelle à la lourde tâche. Plusieurs rotations d’hélicoptères sont nécessaires pour descendre les déchets collectés à Anéou.
Cette « opération commando » réalisée, Hervé doit continuer à nettoyer tous les coins et recoins autour du refuge et de son lac. Il y passe beaucoup de temps.
Il doit aussi s’assurer que les montagnards descendent leurs déchets. Toute une éducation à faire, pour changer de mauvaises habitudes, qui prend aussi du temps et de l’énergie. Un supplément de travail pour la famille BUTEL qui, de son côté, se met à évacuer les déchets du refuge à dos d’âne.

Gérer Pombie devient contraignant d’autant plus qu’avec l’augmentation du nombre de randonneurs, les demandes se font plus pressantes pour manger à tout instant. Quand elle est là, Renée cuisine de bonnes garbures, « façon Barétous, ma vallée d’origine », et complète les repas par du rôti de porc, jambon, fromage du pays. Le gros des provisions vient des commercants de Laruns : Coudouy pour la viande et la charcuterie, Arros pour l’épicerie générale, Béchat pour le vin et Sanchette pour « ses énormes et délicieuses miches de pain ». Quelques fruits proviennent aussi des « ventas » du Pourtalet.

Hervé BUTEL, Marquise et Anéou, le labrit

Un âne rejoint Marquise pour le port des charges. Des animaux pas toujours facile à contrôler et enclins, dès qu’ils ne sont pas surveillés, à descendre rejoindre leurs collègues dans le vallon de Pombie.

Les bergers des trois vallons (Pombie, Magnabaigt, Anéou) prennent l’habitude de se retrouver ensemble, tous les 14 juillet et les 15 août, pour déjeuner au refuge. Un déjeuner qui se prolongeait tard dans l’après-midi. Les chants béarnais « réchauffent alors le refuge ». Une occasion, d’oublier la solitude de l’estive, que les bergers ne voulaient rater à aucun prix.

La réputation du pic du Midi d’Ossau se répand. En juillet 1974, un sherpa népalais, Pertimba, grimpe au sommet de l’Ossau, accompagné par Paulette DAUDU, dite Popo, une grande pyrénéiste paloise. Il avait été son porteur et guide lors d’une expédition dans l’Himalaya.

Crédit Renée BUTEL – versant sud muraille de Pombie

Le 29 et 30 juin 1975 ont lieu les « 9ᵉ Rencontre Féminine de Haute-Montagne ». Des alpinistes expérimentées, avec parmi elles quelques himalayistes dont Popo, sont présentes. Elles viennent d’Allemagne, Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Italie, Bulgarie, Suisse, Hollande et France. Pas une représentante espagnole ! Certaines alpinistes ont leurs propres guides. Les autres sont encadrées par Jean OSCABY, Gigi BERGES et Bernard PEZ accompagnés de nombreux grimpeurs des vallées proches. Une équipe de télévision de Bordeaux suit les escalades depuis le sommet de l’Ossau. Deux techniciens avaient du y porter 25 kilos chacun au sommet ! Les exploits étaient partout.

Une première descente du pic du Midi d’Ossau, est réalisée en Deltaplane le 19 juillet 1975. Il faudra 6 heures à Jean-Marie BLANC, dit Bil ou encore Mr. 45000 watts, pour monter au sommet les 16 kilos de l’engin et seulement 14 minutes pour planer jusqu’à Anéou. « De vrais masos, mais quel pied ! » rapporte le carnet que tenait Hervé. Il ajoute que le même delta-plane, un « Hill Plane » fabriqué à Biarritz, avait réalisé la descente du Canigou peu de temps auparavant, piloté cette-fois par Jacques SOLERE.

En septembre de la même année, c’est au tour d’alpinistes russes de venir. L’Ossau est bien sur la carte des grimpeurs du monde et avec lui : le refuge de Pombie !

Avec les grimpeurs et les randonneurs de plus en plus nombreux, il y a quelques fois des accidents. Sans téléphone au refuge, il n’y avait pas d’autre remède que de descendre en courant, à l’hôtel des Casadebaig au Pourtalet, pour alerter les secours. Ce n’est qu’en 1976, après le départ des BUTEL qu’un premier téléphone est installé. Un confort nouveau qui permettra aussi de pouvoir gérer les réservations en « temps réel ». Enfin !

Hervé BUTEL portant Romain

Guillaume, né en avril 72, et Romain, en octobre 1974, viennent agrandir la famille. Ils passent la saison « là-haut ». Se pose alors le problème du lavage du linge des « petits ». Les PÉRÈS avaient laissé la solution avec un tambour métallique tout rond qui n’attendait qu’à être mis action par le mouvement ininterrompu d’une manivelle. Pour une plus grande propreté, il fallait alterner le sens de la rotation. La crampe menaçait au bout d’un moment!
L’emploi du temps se complique, d’autant plus que Renée, avec son travail dans la plaine de Nay, n’est finalement disponible que les fins de semaines et durant les mois de juillet et d’août. Hervé doit donc assurer seul la permanence au refuge, en juin et septembre, tout en préparant l’installation d’un laboratoire photo à Gère-Bélesten à partir de 1973. Terminé en 1975, les premières commandes arrivent. La décision de redescendre définitivement s’installer dans la vallée est prise dès la fin de la saison. En 4 saisons, les BUTEL auront vu l’activité de Pombie profondément se transformer.

De ces années-là, Renée conserve aujourd’hui beaucoup de sensations fortes : « Les mots sont presque vulgaires pour les décrire. Dès Anéou, l’océan de pâturages et les bouffées d’air qui vous assaillent. L’odeur des rhododendrons, de la réglisse et des myrtilles qui monte aux narines. La puissance des murailles de l’Ossau avec ses couleurs chaudes, rouges, jaunes. Ses couleurs changeantes en permanence.» Sensations fortes renforcées par une belle expérience montagnarde, partagée entre famille et amis. Des années bonheur, mot qu’elle répète. Tout comme Jean-Louis PÉRÈS, son prédécesseur à Pombie. Une « énergie positive » flotte-t-elle sur le refuge de Pombie ?

– par Bernard Boutin

*Hervé BUTEL s’est illustré par la première ascension hivernale en solitaire en mars 1966 du couloir Pombie-Suzon à l’Ossau, et celle, toujours en solitaire de la Grande Lézarde au Balaïtous en mars 1967. Il est aussi l’auteur de plusieurs voies nouvelles à l’Ossau, Ansabère et Gourette.

Crédit photo : Hervé BUTEL et Jean-Marie OLLIVIER

 

 

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Pombie 1967-2017 – La saga des Gardiens (acte 1, 1967-1971) : Jean-Louis et Michèle PÉRÈS, heureux précurseurs

1967 : Emmanuelle PÉRÈS, fille du premier gardien du nouveau refuge de Pombie

Quand en juin 1967, Jean-Louis et Michèle PÉRÈS, accompagnés d’Emmanuelle, leur fille de 2 ans et demi, arrivent au nouveau refuge de Pombie, celui-ci est en plein travaux: « Il y a tout juste quatre murs qui suintent d’humidité, un toit et des fenêtres ». Le reste est à faire.

Après avoir commencé par tirer un tuyau d’eau depuis le lac situé derrière le refuge, les PÉRÈS sont contraints de s’installer dans l’ancien refuge. Commence alors une première saison compliquée par la présence de l’entreprise CASTELL de Bagnères de Bigorre qui ne terminera les travaux qu’à la fin de la saison, en septembre.
Michèle a ses premiers clients à nourrir : les 6 ou 7 ouvriers pour lesquels elle cuisine avec, comme gazinière, un simple « bleuet de Camping Gaz « ! Ce seront virtuellement les seuls clients qu’ils verront de tout l’été. Et en plus, de mauvais payeurs puisque Jean-Louis sera contraint d’aller en justice pour faire payer les repas par leur employeur CASTELL.

Petit-à-petit, les assiettes, couverts et autres fournitures sont montés au cours de l’été. Un ou deux héliportages ont lieu. Ils seront très rares ensuite. L’hélicoptère ne sera cependant pas totalement absent des 5 années qui démarrent. Jean-Louis est en effet responsable du secours en montagne pour le massif de l’Ossau. La « Protection Civile » viendra quelque fois le chercher même s’il n’aime pas monter dans ces engins.

Pour Jean-Louis commence, au-delà des difficultés de la première saison, une « époque paradisiaque ». Le nouveau refuge voit passer très peu de monde : « Des semaines sans personne ». Jean-Louis devient « seigneur en ces lieux ». Agé de 30 ans, en cet été 67, l’ancien guide et moniteur de ski de Font Romeu, puis de Gourette, passe son temps entre cueillette des myrtilles, framboises, champignons, pêche à la truite dans le lac qu’il alevine avec l’ingénieur des eaux et forêts CHIMITS, initiateur du Parc National des Pyrénées, créé lui-aussi en 1967.

Voie PÉRÈS, sur la face sud de la Pointe d’Aragon

Jean-Louis grimpe aussi beaucoup. C’est son métier. L’Ossau, « nouste Jean-Pierre », est un massif plein de possibilités. L’andésite, proche du porphyre, dont il est fait, multiplie les petites prises et favorise l’escalade. Il ouvre plusieurs voies : la « voie Fouquier » du nom des clients avec qui il fait cette première sur la face est du rein de Pombie, la face sud de la pointe de l’Aragon, la prolongation de la « voie Jolly » appelée la « Super Jolly » qui va jusqu’au sommet de la Jean Santé et une voie à droite de la face ouest du Petit Pic. Il y a aura aussi, la « voie Emmanuelle » réalisée avec sa fille, âgée de 5 ou 6 ans au moment de son ascension : « elle était toute légère, je pouvais la hisser. »

Quand il ne parcourt pas son domaine, Jean-Louis aime inviter ses amis à partager le cadre magnifique de Pombie : derrière le lac et l’Ossau dominateur, devant les longs vallonnements du val d’Arrious.

Emmanuelle, de son côté, lorsqu’elle ne grimpe pas, joue avec ce que la nature lui procure. Elle attrape les têtards, les écrase, les fait sécher pour ensuite les coller sur son cahier et les peindre. Emmanuelle ramasse aussi des racines de réglisse qu’elle essaye de vendre, dès 3 ans, aux rares « passants ». La nature lui procure ses seuls jouets.

Une nuit, dans le petit refuge, les lits superposés se mettent à trembler : « arrête de faire bouger le lit ! ». Un énorme fracas de chute de pierres s’ensuit. Les choucas se mettent à « gueuler ». Une bénévole, qui dort dans le nouveau refuge, sort en courant, affolée : « Les jambons dansent ! ». La nuit, du 13 août 1967, a ses fantômes. Très vite, par le transistor à piles, la famille PÉRÈS entendra parler du tremblement de terre à Arette. Il n’y avait pas de téléphone à Pombie. Une ile !

Fin septembre 1967, les travaux sont finis. Le refuge est inauguré en grande pompe. Deux à trois cents personnes sont présentes. Le sous-préfet arrive en hélicoptère. Des Cafistes viennent de toutes les Pyrénées et même de Paris. Parmi eux, le président du CAF de Pau : Monsieur LABADOT. Michèle est habillée en Ossaloise, comme de nombreux valléens présents. Beaucoup de bergers, vite devenus des amis, sont là. Un groupe folklorique anime la journée. Il aura fallu à Michèle et Jean-Louis 15 jours pour préparer la fête. Dès le lendemain, le calme et la quiétude retombent sur les lieux. Ils sont à nouveau chez eux.

Courant 1967, le refuge d’Ayous ouvre lui-aussi. Les effets de la mise en place du PNP (Parc National des Pyrénées) ne sont pas immédiats. A Pombie, Jean-Louis ne les ressentira qu’au bout de plusieurs années. Les touristes, attirés par le nouveau Parc, commencent par visiter les lieux les plus connus : Gavarnie, Pont d’Espagne et le Marcadau.

La première saison terminée, fin octobre 1967, Jean-Louis « descend » à Toulouse pour démarrer des études de dentistes. Il en sera ainsi pendant 5 ans. En 1972, le diplôme en poche, le couple ira s’installer en Andorre où Jean-Louis ouvre un cabinet. Vacances en été à Pombie, études le reste du temps à Toulouse !
Contractuellement, le refuge devait être ouvert à Pâques et pour Carnaval. Quand, il n’est pas disponible, Jean-Louis se fait remplacer par des copains de dentaire ! Personne ne monte, ils sont obligés de manger toutes les provisions !

Saison 1968 : encore plus calme que la précédente. Les ouvriers ne sont plus là. Isolés, là-haut, les PÉRÈS voient de loin les soubresauts de la nation française. Mai 68 est bien loin. Inquiet, Jean-Louis achète toutefois, en Andorre, un fusil et une paire de jumelles. On ne sait jamais si des « desperados » venaient à passer par là !

Crédit H. BUTEL – Pointe Aragon

Le manque d’activité du refuge est compensé par l’activité de guide d’alpinisme ou de raid de Jean-Louis qui travaille aussi comme conseiller clientèle en magasin de sport. Michèle, de son côté, fait des remplacements d’infirmières et travaille, en hiver, comme « jardinière des neiges » à Font Romeu. Ces emplois cumulés permettent à toute la famille de tenir 5 ans à Pombie. Sans eux, cela n’eut pas été possible.

A Pombie, Michèle monte la garde au cas où du « monde » passe. De longues journées à attendre. Il n’y a pas de téléphone. Seul le courrier arrive à l’hôtel, chez Casadebaig, au col du Pourtalet. Rapidement, avec l’aide des bergers, elle apprend à faire de bonnes garbures. Le fromage de brebis atterrit bien logiquement sur la table, de même le grueil qu’elle apprécie particulièrement.

En 1970, la famille s’agrandit avec la naissance de Thomas. Il est baptisé, sur les berges du lac de Pombie, par le curé de Foix, l’abbé SIMORRE, entouré d’une assistance composée principalement de bergers… et de moutons !
Ses premières années se passent sur la « plage », au bord de l’eau. Laissé seul, c’est à Marquise, l’ânesse, que revient la garde du bambin. Si celui-ci vient à trop s’approcher de l’eau, elle le repousse du museau. Mieux encore, si le danger se précise, Marquise pousse alors de grands cris d’alerte à destination des parents. Qui a dit « bête comme un âne » ? D’ailleurs, quand la neige vient à tomber et couvrir le sol ou quand le brouillard arrive, Marquise, trouve toujours la voie plus rapidement que son guide.

L’ânesse fait partie intégrante de la famille. Non seulement, elle a la garde du jeune Thomas, mais c’est aussi à elle qu’il appartient de porter les plus lourdes charges, pour approvisionner le refuge. Jean-Louis doit toutefois l’entrainer. En début de saison, ce sera pour elle 60 kg, à la fin 100 kg. Pour le gardien, la charge commencera à 25 kg pour terminer à 50kg.
Marquise sait aussi trouver sa nourriture dans les endroits les plus improbables. Un jour, elle ouvre, avec sa lèvre, un sac à dos laissé là à l’entrée du refuge pour y manger un chapeau de paille ! Le propriétaire écossais s’en souvient encore.
Fin octobre 1971, pour célébrer leur départ définitif les PÉRÈS organisent une fête. Ce jour-là, Marquise se « soule la gueule à l’Izarra » ! L’histoire ne retient pas s’il s’agit d’Izarra jaune ou verte.

D’autres animaux ne sont jamais loin. Bien avant que ne soit créé le Parc National, les izards sont protégés par une réserve naturelle nationale. Ils sont nombreux autour du refuge dès 1967. A force de les observer, Jean-Louis se rend compte que, quand le mauvais temps menace, ceux-ci descendent toujours juste sous la limite pluie/neige.
Un jour, en été 68, descendant sur Gabas, par le talweg qui cours le long du ruisseau de Magnabaigt, Jean-Louis repère des traces de griffe. Un ours ? Il continue sa descente, sans faire de bruit, et… tombe sur l’animal qui, en le voyant, fait un bond et file à toute vitesse. Un peu plus tard, il sera à nouveau observé du côté du refuge de Pombie.
Les mulots s’installent au refuge dès que ses occupants ont terminé la saison. Au début de la suivante, les étiquettes des boites de conserves sont toutes mangées. Bien malin qui sait ce qu’il y a dans les boites : Choux ? Petits pois ? Haricots ou fruits au sirop ?
Les mulots ne sont pas les seuls à faire des ravages. Le frigidaire à pétrole n’est pas encore arrivé, le gigot est enfoui dans un névé pour le conserver. Michèle se laisse aller à la contemplation des nombreuses hermines qui jouent sur le névé jusqu’à ce qu’elle réalise, qu’elles ont creusé une galerie jusqu’au gigot dont elles se repaissent !

Les clients arrivent tout de même. Souvent, ils deviendront des amis. Un jour, de grandes clameurs proviennent de derrière la raillère, en direction du col de Suzon. Une famille, de 3 ou 4 personnes, avance péniblement. Jean-Louis les guide de la voix. Le père de famille est aveugle. Mr DOUTREUWE est avocat à Rochefort. Sa femme qui l’accompagne est sa secrétaire. Elle lui tape les plaidoiries en braille.. Ils veulent faire l’Ossau. Jean-Louis les y mène.
Une amitié va naitre. Ensemble, ils feront le Balaïtous et le Vignemale. Encordé, Mr DOUTREUWE est plus à l’aise avec les mains que sur les jambes. Un couple atypique qui eut 5 enfants. Il ne s’arrêta pas à la montagne puisqu’ils firent aussi du voilier. Beaucoup de courage pour l’un et l’autre.

Parmi les clients, les espagnols sont présents dès le début. Franco règne d’une main implacable. Les « tricornios » (gardes-civils) gardent fermement la frontière. Les grimpeurs espagnols la passent alors « en douce ». « Fauchés, sans un rond », ils ne pénètrent que dans la partie non-gardée du refuge et dorment dehors. La passion du « Midi » est plus forte que tout pour eux.

Une douzaine de japonais arrivent au refuge. Ils portent tous des tongs au pied et ne parlent pas un mot de français, ni d’anglais ! Ils plantent une tente au bord du lac. Les PÉRÈS les invitent à manger. Plus tard, en guise de remerciements, quand ils seront de retour au Japon, ils enverront à Emmanuelle des livres et des poupées.

En montagne, le meilleur peut côtoyer le pire. Un jour apparait, au refuge, un solitaire. Il veut grimper à l’Ossau. Jean-Louis lui indique comment rejoindre la voie normale. Ce qu’il ne sait pas c’est qu’il s’agit d’un malade mental sous sédatif. Il s’est échappé de chez lui sans médicament. On le retrouvera mort après trois semaines de recherche.

Jean-Louis PÉRÈS et Michèle chez eux à Riglos

L’emplacement de son cadavre laisse alors à penser qu’il était monté tout droit sur la face sud du Grand Pic. Le seul accident tragique en 5 saisons de gardiennage.

Cinq saisons passent. La famille PÉRÈS quitte son royaume au pied de l’Ossau. « Une des périodes les plus heureuses de ma vie » répète Jean-Louis. Michèle confirme. On veut bien le croire même si les années qui suivent, en Andorre, en Savoie, aux Antilles n’ont pas dû être désagréables non plus. Sans parler de sa vie actuelle, avec Michèle, dans sa « bergerie » située immédiatement sous les Mallos, à Riglos. Pombie, pour eux, c’était il y a 50 ans…

– par Bernard Boutin

 

PS : en 1973, Jean-Louis publiera, aux éditions ARTHAUD, un livre, écrit avec Jean UBIERGO intitulé « Montagnes Pyrénées ». En 1978, avec Robert OLLIVIER, il publiera, chez MARRIMPOEY à Pau, le premier livre sur la traversée des Pyrénées à ski sous le titre « A ski, de l’Atlantique à la Méditerranée par la haute route d’Hiver ».

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Pombie 1967-2017 – La saga des Gardiens

L’ancien et le nouveau refuge de Pombie, au petit matin, par Jean-Marie OLLIVIER

Il y a 50 ans, en juin 1967, le nouveau refuge de Pombie (2032 m) ouvrait au public. Cinquante ans plus tard, vu de l’extérieur, le refuge est toujours le même : bien campé sur de solides murs en pierre de taille, flanqué du fidèle « vieux » refuge, fier de ses vues plongeantes vers les vallons de Pombie et d’Arrious, fier de sa raillière, fier de son lac et de ses cols (Pombie, Peyreget, Suzon), honoré d’être adossé à un pic du Midi d’Ossau (2885 m) dominateur et aux mille voies.

Cette fierté, on la retrouve chez les gardiens successifs et les bénévoles du Club Alpin Français de Pau et de la vallée d’Ossau, qui n’ont eu de cesse de l’entretenir.

Le refuge de Pombie et son magnifique cadre n’ont pas changé. A un détail près toutefois : sa lourde porte en fer, ses volets sont passés du « jaune izarra au rouge rubis » (!). Fantaisie d’un président du CAF de Pau ou demande d’un président du Parc National ? Nul ne sait !

Si le refuge n’a pas changé, son activité s’est profondément modifiée. De « repaire », initialement fréquenté par des grimpeurs en guise de sensations fortes et de premières sur les raides parois de l’Ossau, il est aussi devenu, au fil des décennies, un point de passage incontournable pour les milliers de randonneurs qui parcourent le Parc National des Pyrénées ou la HRP (Haute Route des Pyrénées).

Les causes de cette mutation sont multiples : création du parc national en 1967 et mise en place de nouveaux sentiers par celui-ci, développement des GR (le 10 ne passe pas loin), étape de la HRP, arrivée massive de randonneurs espagnols à partir de l’entrée de l’Espagne dans l’Europe en 1986, développement du ski de randonnée et de la pratique de la raquette. La démocratisation du sport de montagne, par les chaines de magasins de sports, a fait le reste : « A fond la forme ! »

L’accessibilité du refuge s’est aussi fortement améliorée avec la mise en place d’un bon axe routier conduisant au col frontalier du Pourtalet, ouvert dorénavant toute l’année, alors qu’il y a 50 ans, il n’y avait là qu’une « méchante » route, sinueuse, pleine de nids de poule, et fermée tout l’hiver par de nombreuses avalanches.

Cinq gardiens et leurs familles ont vécu ces changements. Tous ont connu, à Pombie, des moments de « bonheur » – mot qui revient souvent dans leur bouche – et quelque fois des moments pénibles.

Pour les 50 ans de Pombie, laissons-les nous entrainer dans la grande et la petite histoire de ce lieu, si emblématique, de la vallée d’Ossau. Une aventure qui démarre en juin 1967 avec Jean-Louis et Michèle PÉRÈS, les premiers acteurs de « La Saga des Gardiens de Pombie ». Une saga en 5 actes qui vous sera dévoilée au cours des 5 semaines à venir.

– par Bernard Boutin

Crédit photo : L’ancien et le nouveau refuge de Pombie, au petit matin, par Jean-Marie OLLIVIER

La saga des Gardiens (acte 1, 1967-1971) : Jean-Louis et Michèle PÉRÈS, heureux précurseurs

La saga des Gardiens (acte 2, 1971-1975) : Hervé et Renée BUTEL,  un photographe, une dessinatrice à la barre !

La saga des Gardiens (acte 3, 1976-1978) : Guy MAYLIN, gardien malgré lui !

La saga des Gardiens (acte 4, 1979-2006) : Guy SERANDOUR, le capitaine au long-cours

La saga des Gardiens (acte 5, 2006-2017) : Jean-Marc FERRI et Karine, la « dimension humaine »

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