La Génie Braque en boucle : mémoriel et culturel !


Soum de Moulle (crédit C. de Charette)

Départ : Monastère de Bethléem à Peyras (408m) près de St Pè de Bigorre
Destination : boucle par les crêtes de la Génie Braque
Encadrant : Bernard Boutin et co-encadrant : Jean-Pierre Petit
Participants : Marie Benichou, Josette Coumes, Charlotte de Charette, Alexandra Gabe, Joelle et Thierry Lansac, Dominique Plée, Gleen Valentin.
Météo : ciel voilé. Dommage pour la vue !
Température : fraiche en haut, clémente en bas.
Date : 11 novembre 2018

En ce 11 novembre 1918, la boucle par les crêtes de la Génie Braque aurait pu être simplement : montée dans la forêt des Tres Crouts, buis centenaires ravagés par la pyrale, amphithéâtre de hêtres élancés, étonnant refuge en bois d’Ahoulet, agréable cheminement sur les estives bordant les crêtes de la Génie Braque, descente par le col d’Haboub dans le long vallon de la Génie Braque. Retour sur Peyras.
Un cheminement, sans croiser (presque) personne, dans une ambiance d’estive dans sa partie haute et quasi tropicale dans sa partie basse : végétation dense, hautes fougères, lianes, mousse omniprésente, au sol et sur les arbres, suintements d’eau, rochers glissants etc. Lieu sans soleil jamais.
Une richesse végétale qui n’arrive pas, malgré ses efforts, à en occulter une autre, au moins aussi intéressante : la présence humaine au fil des siècles en ces territoires.
Dès Peyras, étonnement face au grand et neuf Monastère de Bethléem, lové sous les confins immédiats de la forêt. Qui a amené ici, à partir de 1998, les moniales à venir se cloîtrer ? Avec quels moyens financiers pour construire une telle implantation ? A la descente, dans la belle chapelle où se tiendra la messe, des chants (grégoriens ?) s’envoleront vers les cimes. Belle sonorité en ces lieux.
Remontée le long d’une dorsale dans la forêt. Virages en Z. Dans cette forêt profonde, des bornes peintes en rouge marquent un territoire. Quel territoire ?
Le refuge d’Ahoulet vient d’être reconstruit. Tout en bois. Une partie pour les randonneurs, l’autre pour les bergers. C’est le village de St Pé qui a fait faire les travaux par les artisans de la vallée. Bien vu ! Si tous les refuges pyrénéens se mettaient au bois…
A 50 mètres, au-dessus du refuge, le « devoir de mémoire » s’impose en ce centenaire d’armistice 1918. Une plaque est sellée au rocher. Sous une croix de Lorraine, un message en provenance de Londres annonce un parachutage d’armes depuis Alger : « Les grains de beauté ne sont pas toujours beaux ». On est le 10 juillet 1944. Ce n’est pas la même guerre mais les acteurs restent les mêmes : français, anglais, allemands. Destinataire des armes : le Corps Franc Pommiès très implanté en Béarn-Bigorre.  Minute d’observation qui libère la parole. Tout en cheminant, chacun y va de ses souvenirs de la Grande Guerre.
Col de Larbastan, Soum de la Génie Braque… les marqueurs se succèdent. Pas de chance, pas de soleil. Couleurs d’automne éteintes. Horizon sombre et triste. Le 11 novembre appelait-il cela ? A Paris, il pleut.
Plongée plein sud pour rejoindre les « Tres Crouts », trois croix gravées dans la roche. Camouflées au bas d’un long affleurement calcaire qui traverse l’estive, elles commémorent l’époque où Béarnais et Bigourdans connaissaient d’autres empoignades que celles des derbys de rugby. Retour sur histoire : « Béarnais et Bigourdans se sont longtemps battus pour la possession de la Forêt de Tres Crouts. En 1569 les protestants béarnais de la vallée d’Asson décident d’attaquer les Bigourdans de l’Estrèms de Salles auxquels ils disputaient les montagnes d’Azun et de Maumula. Les 1500 hommes avaient le dessin de mettre à feu et à sang le village de Salles et d’enlever tout le bétail de Vergoun. Mais la bataille fût remportée par les bigourdans. Ces conflits prenaient une telle importance qu’il fallait faire intervenir l’armée du Roi. Il était impossible à l’évêque de Tarbes d’instaurer la concorde. Au lieu dit « Tres Crots » venaient converger sur cette montagne les évêchés de Tarbes, de Lescar et d’Oloron. Aujourd’hui, il en reste 3 croix gravées sur une roche et l’inscription 1716. ».
Passé ce moment de réflexion sur les guerres entre catholiques et protestants, il nous faut remonter les 150 m de dénivelé que nous avons descendu depuis la Génie Braque pour trouver les croix. Objectif : rejoindre le Soum de Moulle (1540) et y casser la croûte.
Au beau milieu de l’estive déboule, à 70/80 m de nous, un sanglier. Venant de la Toue, il traverse rapidement les lieux en direction de la crête de la Génie Braque.
Un sanglier, à découvert en plein jour ! Du jamais vu. Quelles minutes plus tard, les aboiements répétés de chiens de chasse se font entendre. Ils coursent l’animal qui détale loin devant. Il a de l’avance. Pas sur que les chasseurs, embusqués de l’autre côté de la crête, près de la fontaine de Bat de Hau, ne fassent un « carton ». Nous n’entendrons pas de coup de feu.
Soum de Moulle : le vent souffle. Toujours pas de soleil. Luminosité éteinte. Il faut savoir s’arrêter : repas rapide et déjà reprise de la boucle. Direction le Soum de Marti Peyras. La bordure de la crête est jalonnées de bornes séparant Basses-Pyrénées des Hautes-Pyrénées. Pourquoi ici ? Il n’y en a pas sous le Palas !
Au clot det Haboub, sous l’abreuvoir, plongeon dans la forêt. Nous quittons le Béarn et entrons en Bigorre. Direction la fontaine de Bat de Hau qui domine la source de la Génie Braque. Mieux vaut être équipé d’une trace GPS. Le sentier disparait sous un tapis de feuilles uniforme. Plus loin, il sera envahi par les ronciers.
Un chasseur fait le guet. Au parking, en bas, ils seront nombreux. Soupirs : à chaque randonnée dans le coin, ils sont là ! Pauvre faune. Vive la vie !
La réserve naturelle du massif du Pibeste-Aoulhet, où nous nous trouvons, convient de « soustraire le site à toute intervention susceptible de la dégrader » (voir une longue liste d’interdits) et autorise les chiens de chasse pendant la période de chasse autorisée !
Commence alors la longue descente sur la rive gauche de la Génie Braque (1h45 entre fontaine de Bat de Hau et réservoir de Sep). Cheminement incertain. Glissades possibles. Horizon toujours bouché. Reste la conversation pour meubler le temps.
Au réservoir de Sep, nouvelle plongée pour traverser le gave de la Génie Braque et rejoindre le point de départ. Le dernier kilomètre. Le plus étonnant ? Le soleil ne pénètre jamais en ces lieux humides : (redite) végétation dense, hautes fougères, lianes, mousse omniprésente, suintements, rochers glissants. Pont patinoire recouvert de mousse. Un monde à part où la France occupée installera un chantier de jeunesse, entre juillet 1940 et mars 1943. Un endroit plutôt galère où vivre. Pour plus, voir l’intéressant blog de Loucrup. Seuls les soubassements de bâtiments recouvert de mousse, les débris d’une vieille cheminée, une potence rappellent une époque où la jeunesse de France ne savait trop vers où se diriger.
Peyras atteint. Satisfaction générale d’avoir pu réaliser une aussi intéressante boucle. Un regret toutefois, un peu de luminosité aurait été bienvenu.
A plus sur les sentes ou plus les pentes. A suivre…

– par Beñat

Le verdict :
– Point le plus bas : parking Peyras 408m , le plus haut : Soum de Moulle  1538m, dénivelé : 1420m, distance parcourue : 17 km, temps de la sortie : 8h.
– plus sur le sujet sur « la Mule et l’Intello » et sur Topopyrenees.
– Les randos d’avant : c’est
– Cliquez sur les photos pour les commentaires (peu de photos car encadrer devant et photographier… derrière en même temps n’est pas facile !).

la trace du jour

A propos Bernard Boutin

A 7 ans, mon père me trainait au tour du pic du Midi d’Ossau, en Béarn. A 17 ans, je faisais du stop avec mes skis de randonnée. Je me souviens qu’à la nuit tombée, à la sortie de Tarbes, un paysan me chargeait. Arrivé en rase campagne, en sortant les skis de la bétaillère, ceux-ci étaient plein de purin ! La passion était plus forte que ces petits désagréments. A 27 ans, je quittais un bon « job » à la Défense, pour « descendre » aux Pyrénées. A 37 ans, avec quelques copains, nous grimpions, en ski de randonnée, le Vignemale, le Balaitous et quelques autres… A 47 ans, 57 ans, les Pyrénées toujours. On l’aura compris, pour moi, sans les Pyrénées, point de respiration.
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