Portillon – Formation randonnée alpine : un programme dense !


pic Lézat (3107) : quelle cheminée prendre ?

Départ : parking des Granges d’Astau près Bagnères-de-Luchon
Refuges : Jean Arlaud (nuits du 5, 6, 7) et Espingo (nuits du 8 et 9)
Lieux : pic Perdiguère, pic Royo, col inférieur de Litérole, col supérieur de Litérole, pic Lezat, pointe Belloc, piton Espingo,
Guide : Michel Bourdet
Encadrant : Michel Andrades (Mich)
Participants : Sabine Guigue, Martine Bonnet, Caroline Pillet, Isabelle Durand, Cathy Roques, Mohamed-Ali Mili, Thierry Martin, Gérard Favier et Bernard Boutin
Météo : trop chaud le 5, bien le 6 et 7, vent « à décorner les isards » le 8, carrément désagréable le 9, humide à acceptable le 10.
Date : 5 au 10 août 2018

J1 – En ce dimanche, nous sommes 10 à venir « pointer » aux Granges d’Astau, au-dessus de Bagnères-de-Luchon. Les uns ont dormi sur place. Les autres se sont réveillés à la fraiche pour arriver en voiture (4h du mat pour Sabine qui vient de la Grande Motte). Tous ont une inquiétude plus ou moins marquée : « vais-je arriver à porter le sac sans trop de dommages ? ». Il faut dire que des Granges d’Astau jusqu’au refuge du Portillon, il y a 1500m de dénivelé et la liste du matériel embarqué est longue : baudrier, cordes, mousquetons, sangles, cordelettes, piolet, crampons, casque etc. Des vêtements de rechange, des casse-croûtes, de l’eau. Sympa, Isabelle amène même du Porto Cruz ! Une Mule aurait été utile.
L’Intello reprend du service (voir les épisodes précédents de la Mule et l’Intello). Pragmatique, il laisse sa bouteille de Jurançon « méthode « champenoise » au gite des Granges, pour célébrer la fin du stage.
Michel Andrades, encadrant du stage, fait un premier point qui démarre par un avertissement en demi-teinte : « il y a de nombreux pré-requis non validés ». Lourd silence: quelles conséquences pour chacun ? Mais de suite, la glace est rompue avec une tournée générale de café et d’excellents gâteaux préparés la veille, par Aurélie, fille de Mich. Quelle chance, il a Mich, d’avoir une fille comme ça ! Michel Bourdet, notre guide, lui laisse la main. Pour l’instant.
Sabine distribue des copies couleurs du secteur du Portillon. Bien plus pratiques que les cartes au 25.000è. Sympa comme prise de contact.
Top départ. La colonne s’ébranle et s’étire. Beaucoup de touristes jusqu’au lac d’Oô. Métro, station Pyrénées ? A partir du refuge Espingo, le fleuve se tarit. Les montagnards seront désormais en amont, les autres en aval.
Un randonneur, arborant les couleurs catalanes, nous croise. Michel cite un classique (de Frédérik May ou Henri Tachan ?) : « mieux vaut un bon drap qu’un drapeau ». Ils sont nombreux à convaincre « tras los montes »
Arrivés à la Coume de Labesque, Sylvain n’apparait pas. Mich part à sa recherche et le retrouve… en train de redescendre vers le refuge d’Espingo. Douleurs à la cheville. Sylvain nous quitte trop vite. Frustration pour lui quand on sait l’investissement, temps et argent, qu’a nécessité la préparation du stage.
Au beau refuge Jean Arlaud, un dortoir nous est réservé. Les deux Michel font chambre à part. Tant pis pour eux, ils ne sauront jamais quelle symphonie accompagnera nos rêves de conquêtes. Il faut dire, une bonne douzaine de 3000 nous entourent.
Les filles dorment en haut (sauf Cathy), les hommes en bas. Tranquillité assurée pour elles?  Toilettes plus proches pour eux ? Va savoir…

J2 – Réveil 6h. Petit déjeuner classique : pain, beurre, confiture, céréales, thé ou café. Objectif du jour : le pic Perdiguère (3218). Pour commencer, il s’agit de monter au col inférieur de Litérole. Pas si inférieur que cela puisque situé à 2883m !
Mézigue, trois ans plus tôt, le descendait fin juin, lors d’une HRP, en provenance d’Hospital de Benasque. Un beau souvenir même si un fort vent du sud, la Balaguère, l’avait un instant plaqué contre la paroi. Cette fois-ci, pas de vent mais une longue langue de neige à remonter crampons aux pieds. Michel, comme souvent durant le stage, demande à l’un d’entre nous de passer devant. Mézigue s’y colle. Exercice régulier réalisé en larges Z.
Au col, un en-cas avalé et attaque de l’arête qui conduit à la pointe de Litérole (3132m), au pic Royo (3121m) et au Perdiguère (3222m). Encordement, par 2 ou 3, pour atteindre le col supérieur de Litérole puis montée « main au rocher » pour rejoindre le Perdiguère. Un passage un peu plus délicat donnera l’occasion de poser une main courante pour le descendre. Michel conseille les uns et les autres. S’assure que chacun progresse bien. Attentif, il assure mais aussi observe. Régulièrement, il demande à tel ou tel de passer devant.
Au Perdiguère, casse-croûte et contemplation des grands de ce petit monde : Aneto, Posets, Mont Perdu, Vignemale… Même le Bigorre ne manque pas,  fait remarquer  Mich, le Bagnérais.
Descente jusqu’au col supérieur de Litérole où l’équipe « plonge » en direction du lac du Portillon. A nouveau, une longue langue de neige. Ce coup-ci, elle est passée piolet à la main et sans crampon. Planter les talons. Se tenir droit… Michel observe, conseille à nouveau.
Plus loin, exercices de ramasse ou encore de rattrapage sur chute et glissade. Ali ouvre le bal avec panache. Standing ovation ! Caroline, la nantaise, peu habituée aux exercices de neige en bord de Loire, le suit avec courage. Et oui, il en faut. Jetez-vous dans la neige avec en perspective une improbable glissade !
Retour au refuge et séance présentation sur le milieu naturel (Bernard), le livret d’accueil et la prise de décision (Ali). Mich anime le débat. Au fil des soirées, tout l’environnement des encadrants sera vu et débattu.
Pour les amateurs de fruits et légumes, c’est « râpé » : soupe instantanée, pâtes et (bonne) sauce bolognaise, fromage de vache (pour le brebis, ce n’est pas la bonne vallée!) et crème. Du costaud ! A minuit, Mézigue se lève, non pas pour aller aux toilettes, mais pour boire…

J3 – Beau temps à nouveau. Les Michels nous ont programmé le Lézat (3107) qui domine à l’est. Un formidable éperon rocheux aux nombreuses cheminées. Austère.
Retour vers le col inférieur de Litèrole. A mi-parcours, le cheminement vers le Lézat part vers le nord puis s’oriente est pour finir sud-est. Pierrier avant d’atteindre une langue de neige qui rejoint la falaise. Crampons. Les cheminées nous narguent. Laquelle prendre ? Ce sera celle du milieu.
Encordement pour tous. Thierry est le premier ou second de cordée, selon les instants, de Mézigue. Grand, sec comme lui. Toujours souriant et aimable, la paire est parfaite. Mêmes gestes aux mêmes endroits. Pas de réelle difficulté pour vaincre la cheminée. Un vrai problème toutefois : pierrailles et cailloux divers n’attendent qu’une poussette pour dévaler la pente. Un réel danger pour les cordées suivantes. Méfiance totale. Agir en souplesse.
Non encordé, Michel va et vient à la recherche des cheminements à prendre. Un isard.
La crête est déjà là. Les topos parlaient de pas aérien. Même pas vu. Est-ce l’habitude qui rentre ? Pause casse-croûte et retour sans difficulté par la même voie.
Au refuge, séance piton sur des rochers proches et continuation des présentations : Sabine sur la FFCAM, Gérard sur les responsabilités des encadrants. Un sujet majeur pour tous.
Excellente daube et dodo bercé par le vent qui s’est levé : tôles qui grincent, rafales qui s’engouffrent dans la chambrée.

J4 – La veille au soir, chacun a étudié sa feuille de route pour grimper au pic des Spijeoles (3065). Les uns veulent passer par le sentier des Mineurs, les autres par le col du Pluviomètre, les autres encore par le col des Gourgs Blancs et le pic Gourdon. Une belle palette de choix sauf que le vent souffle toujours aussi fort et qu’un orage est annoncé pour la fin de matinée.
Réunion et tour de table. Michel : « à la tête d’une collective : que feriez-vous ? ». Caroline : « il y a de la fatigue accumulée et le temps… ». Mich pousse à grimper (pour voir qui se laissera influencer). Bingo : Bernard et Gérard penchent alors pour monter au, très proche, Tusse de Montarqué (2885) afin d’observer la suite des évènements. Chacun y va de son avis. Les uns pour monter, les autres pour descendre.
Michel de conclure : « il y a des doutes, de la fatigue, un risque temps. L’empathie, l’écoute de l’autre, appellent la descente immédiate » (au refuge d’Espingo où l’équipe devait arriver pour la nuit après avoir grimpé aux Spijeoles). Une bonne leçon, reçue 5 sur 5, par les candidats encadrants en RA.
Arrivés au refuge Espingo, l’après-midi est passée à faire des manips de cordes, sur une pente rocheuse, à côté du refuge : rappel, main courante, moulinette, remontée sur cordes avec double machards ou poignée Jumar, mouflage. Moments super utiles et formateurs qui n’auraient probablement pas eu lieu si le temps n’avait pas été si menaçant au matin.
L’orage de fin de matinée n’arrive finalement qu’en fin de journée. Forte pluie : « Ce qui est tombé, n’est plus à tomber » sauf que le lendemain, les nuages continueront à se déverser sur le groupe.
Sympa : truites à diner. Voilà qui change des daubes, bolonaises et fricassées d’agneaux – pas tout à fait Axoa ! – des soirées précédentes.
Nerfs solides pour le gardien : en plus de notre groupe, il n’y a que 5 personnes au refuge ce soir. Sommes sur le GR10 et le 8 août. Au plus fort de la saison !
La météo du lendemain est mauvaise. Pas question de faire le Grand Quayrat, initialement prévu ! Ce n’est pas faute d’avoir étudié le parcours en descendant du Portillon. Il était là, sous notre nez. Proche et hautain à la fois.
Michel « imagine », avec le gardien, une boucle passant sous les pentes du Spijéoles par la pointe Belloc et le piton d’Espingo. Par groupe de 2 ou 3, tout le monde se met au travail et trace sa feuille de route. Il faudra buter sur la pointe, la longer pour atteindre un laquet puis suivre la crête du piton. Au bout, un passage sera à trouver parmi des pentes prononcées qui descendent vers le val sec d’Arrouge. Bref, demain sera 100 % carto. Direction le dortoir. Nuit agitée : vent et pluie.

J5 – Le vent est tombé. Les nuages disputent le ciel au soleil. Pas de gagnant pour l’instant. La météo prévoit une aggravation. La veille, elle s’est trompée. Alors aujourd’hui…
Départ pour le beau lac Saussat, cerné par le cirque d’Espingo. Passé le lac, Isabelle prend la tête. Objectif : trouver la sente qui monte en direction du Spijéoles. Trouvé. Le sentier grimpe franc. Il va falloir le quitter pour partir au nord-ouest. Vers la Pointe Belloc. Hésitations. Le brouillard nous rejoint. Avec lui la bruine avant qu’elle ne devienne pluie fine. Bref, la totale pour une séance carto.
Le sentier devient improbable sente pour isards. La Pointe n’apparait pas, drapée dans le brouillard. Cheminement en courbe de niveau. Les altimètres sont de sortie. La boussole, pas loin. La préparation des azimuts, la veille au soir, prend toute sa valeur.
Bon an, mal an, le cap est suivi pour frôler la pointe et atteindre le lac. Ni l’un ni l’autre ne se laissent voir. Les GPS de Gérard et Thierry nous positionnent sur Iphigénie. Celui de « Mézigue » sur Topo_Pirineos. Le lac est longé par en-dessous. Pas vu.
La pluie ne cesse plus. Seul le festival coloré des coupes-vents anime le paysage : bleu pastel, orange, vert pomme, bleu marine, rouge. Vive la mode !

A tour de rôle, Ali, Bernard, Gérard passent devant. Le grand blanc : c’est compliqué. La fatigue commence à se faire ressentir. Pas d’arrêt pour ne pas se refroidir. Cathy semble marquée. Elle casse la croûte et repart de plus belle devant ! EPO ou jambon du pays ?
Dans le brouillard, rien n’avance. Le piton d’Espingo n’apparait jamais. Existe t’il au moins? Il faut tirer sur la droite répètent les GPS.
Le sol regorge d’eau ruisselante. Les couennes, plates plaques de granit, demandent à être contournées pour éviter de méchantes glissades.
Pour une fois, Michel passe devant et recherche le passage qui permettra de descendre en Z dans le val sec (?) d’Arrouge. Séance gymkhana dans d’épais rhododendrons – quelques glissades – et le passage est trouvé. En bas, la rivière est forte. Passage direct dans l’eau. Faire simple. Chaussures trempées. Elles l’étaient déjà !
Il ne reste plus qu’à plonger vers le lac d’Espingo. A deux pas du refuge, le tonnerre se met de la partie, comme pour féliciter l’équipe, pour une opération « commando » remarquablement conduite.
Six heures de sorties pour se rendre compte que le BAC (boussole, altimètres, carte), les GPS et l’observation du terrain sont autant d’instruments à maitriser dans des conditions compliquées.
Le refuge est « bourré comme un oeuf » : tous les randonneurs du coin, chassés par la pluie et le brouillard, s’y sont donnés rendez-vous. Ambiance, ambiance. La pluie : le bonheur des gardiens de refuges !
A 16h, l’équipe se replie dans le dortoir pour les topos restant à écouter : Isabelle aborde l’encadrement des mineurs. Cathy, les secours et la sécurité. Martine, les EPI (équipements de protection individuels). Caroline, les GPS, outils traditionnels et lecture du terrain. Thierry ferme les présentations sur le thème de l’alimentation et des pathologies.
Autant de présentations instructives complétant une journée déjà riche en expérience terrain. Difficile de faire plus. Sommeil de plomb.

J6 – Réveil. Humidité partout. Dedans. Dehors. Dans les chaussures. Dans les chaussettes (ndlr : Mézigue attrape un rhume carabiné !). Petit déjeuner et départ sans tarder. La colonne multicolore – coupe-vents oblige – s’étire. Petit à petit, le ciel se dégage. Lac d’Oô, Granges d’Astau : le décor n’a pas changé. Retour sur terre. Priorité au changement de chaussures. Le Jurançon, méthode Champenoise, est mis au frais à l’auberge.
Deuxième café du matin pendant que Michel Andrades et Michel Bourdet s’installent en bout de terrasse et reçoivent, un à un, les stagiaires. Passage au confessionnal. Le calme règne. Seul un murmure s’échappe du conciliabule. Les Michel questionnent, écoutent les arguments des uns et des autres. Le verdict tombe : reçu ou ajourné (motifs à l’appui). Sourire, sourire forcé ou mine impassible…
Reçus ou pas, c’est une semaine extrêmement riche en expériences, partages, informations qui s’achève. Organisation impeccable : merci Michel. Guide remarquable : merci Michel. Une formation qui en appelle d’autres.

A plus sur les sentes.

Beñat

Nota :
– Point le plus bas : 2100m (parking des Granges d’Astau), les plus hauts : pointe de Litérole (3132m), pic Royo (3121m), Perdiguère (3218m), pic Lézat (3107).
– Guide : Michel Bourdet
– Encadrant : Michel Andrades dit Mich
– Participants : Sabine Guigue, Martine Bonnet, Caroline Pillet, Isabelle Durand, Cathy Roques, Mohamed-Ali Mili, Thierry Martin, Gérard Favier et Bernard Boutin
– crédit photo : Sabine, Cathy, Thierry et Bernard
– Les randos d’avant : c’est
– Cliquez sur les photos pour les commentaires.

A propos Bernard Boutin

A 7 ans, mon père me trainait au tour du pic du Midi d’Ossau, en Béarn. A 17 ans, je faisais du stop avec mes skis de randonnée. Je me souviens qu’à la nuit tombée, à la sortie de Tarbes, un paysan me chargeait. Arrivé en rase campagne, en sortant les skis de la bétaillère, ceux-ci étaient plein de purin ! La passion était plus forte que ces petits désagréments. A 27 ans, je quittais un bon « job » à la Défense, pour « descendre » aux Pyrénées. A 37 ans, avec quelques copains, nous grimpions, en ski de randonnée, le Vignemale, le Balaitous et quelques autres… A 47 ans, 57 ans, les Pyrénées toujours. On l’aura compris, pour moi, sans les Pyrénées, point de respiration.
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