Sierra de Guara : boucle autour du Barranco de Mascún


Pyramide ou doigt de fée ?

Départ : Rodellar dans le parc naturel de la Sierra de Guara (Huesca)
Destination : boucle par les « Fajas » du Barranco de Mascún
Qui : Mariano et BB
Quand : 22 novembre 2017
Météo : belle journée de fin d’automne (une de plus !)

Départ un peu avant 8 h, depuis l’Aparthotel du « Valle de Rodellar », alors que la pénombre recule. Les chats sauvages du village nous escortent. Pas un bruit dans ce village perdu au coeur de la sierra de Guara que l’on atteint par le sud après une longue route, sinueuse et étroite, qui serpente parmi les oliviers centenaires, les « encinas » (chênes verts), les massifs de buis, les buissons rampants, piquants et envahisseurs, de « cojines de la suegra » (coussins de belle-mère), le thym et le romarin.

Les nuages menacent. Du brouillard à l’horizon devant nous. Il fait frais. Le sol sera gelé, plus loin quand nous marcherons sur des pentes exposées au nord.

Après 15 minutes, nous passons devant la « Casa Antón ». Deux 4*4 français sont garés là. Comment sont-ils arrivés là ? Le lieu est complètement « paumé ». Pas de route autour de nous. Plus tard, de retour à l’aparthotel, le « camarero » (garçon au bar), nous remerciera, nous les Français, d’avoir fait découvrir cette zone de canyons aux touristes. C’était à la fin des années 70 et au début des années 80. Je lui montre ma carte, éditée à Tarbes par Jean-Paul et Philippe Pontroué en 1981. Un large sourire apparaîtra sur son visage. La carte est « vintage ». Le randonneur aussi !
La progression s’oriente vers le nord et le barranco de la Virgen. Belle végétation du « type méditerranéenne » avec une déception : le froid étouffe les odeurs. Point de parfum dans un air pourtant si pur.
Au loin, les Pyrénées enneigées et le massif du mont Perdu. Dans l’axe une vieille église romane est perchée sur son piton : la iglesia de Bagueste. Elle est belle à voir de loin. Bonne photo.

Passé le barranco del Fabar, un belvédère et l’oeil se dirige immanquablement, plein ouest, vers le Tozal de Nasarre 1404m et, derrière lui, la Peña Ruaba 1424m. Sous nos yeux, le barranco du Mascún se dévoile dans des formes diverses calcaires, tantôt massives, tantôt élancées en cheminées de fées, tantôt ressemblant à de gigantesques murs plongeants larges de quelques mètres. Des trous dans les parois laissent, parfois, passer la lumière ! Comment s’est façonné cet univers complexe ? Mystère. Contraste entre l’agitation géologique et le calme total des lieux.

Passé le barranco Corrada, le chemin déambule dans une vire horizontale, taillée naturellement dans la falaise. Surtout ne pas faire d’écart sur la gauche. Chute fatale assurée. Odeur très forte de boucs devant nous. Des chèvres sauvages filent à notre approche. Le bouc reste en arrière garde pour les protéger. Un gentlemen qui pue.
Le grenier à viande qui a permis, hier soir, de nous servir à l’aparthotel des « chuletas » est-il celui-ci ?

Au bout de la vire, le fond du barranco du Mascún est atteint. Un petit cirque rocheux, le « saltador de las Lanas », le ferme. Une belle chute d’eau, sur les photos des prospectus touristiques, devrait le dévaler, sauf qu’il n’y coule pas une goutte d’eau en ce mois de novembre !
L’année qui s’écoule sera la pire connue depuis l’installation des relevés hygrométriques. La sécheresse sévit partout en Espagne. Les réserves d’eau sont quasi épuisées.

Nouvelle vire taillée au milieu de l’abrupte falaise. Poussons des chèvres sauvages devant nous. Les vues sur le barranco, longé par l’ouest, sont « soufflantes ». Les appareils photo crépitent. L’oeil ne se lasse pas.

Arrivée à Otín, village abandonné par la population, suite à la guerre civile. Les hommes morts, ici et là. Les femmes n’ont eu comme remède que d’aller vers les « núcleos urbanos » (centres urbains) de Huesca, Lérida ou Saragosse. Exode rural fatal. Fin d’une vie ancestrale, austère et très dure.
Les bancs, les tables, jonchent une ancienne salle de classe ou un réfectoire. Dans la petite chapelle, au toit percé, un vieux bénitier est fixé au mur. C’est tout ce qu’il reste comme symbole religieux. De vieux sommiers et matelas jonchent le sol. Mémoire du temps qui passe.

Passé Otín, une longue descente vers le barranco du Mascún, permet de découvrir de nouvelles cheminées de fées de toutes formes et épaisseurs. D’autres abruptes falaises sont trouées. Le mystère géologique reprend ses droits. C’est simplement beau.
Plus loin, une résurgence d’eau apparaît : la Fuente de Mascún. Mystérieuse, cette source d’eau est le fruit d’un long cheminement parmi les roches karstiques de la sierra de Guara. Rodellar est assurée d’avoir de l’eau encore quelque temps…

Un dernier effort et un premier potager de Rodellar apparaît. Cerné de pierres taillées dans la roche environnante, sa porte en bois patinée par les intempéries et le soleil, les herbes folles, l’uniformité de la palette de couleurs qui l’entourent, achèvent de montrer le lien fort qui liait les « locaux » à une nature adverse mais tellement belle.

Une belle sortie. À refaire au printemps quand les journées sont plus longues, plus chaudes et que les parfums inondent les sens.

À plus sur les sentes (en attendant les pistes)

– par Beñat
Bernard Boutin
30 novembre 2017

Le verdict du GPS (source : BaseCamp et TOPOPIRENEOS ) :
– Dénivelé : point le plus haut : 1177 m (Moulle de Jaüt), le plus bas : 702 m (Rodellar), dénivelé montant et descendant : 1050 m, durée de la sortie : 7h15, distance parcourue : 21,6 km
– Participants : Mariano et BB
– Les randos d’avant : c’est
– Passez le curseur de votre souris sur les photos pour faire apparaitre les commentaires ou cliquez sur la première photo pour dérouler le diaporama.

 

 

 

A propos Bernard Boutin

A 7 ans, mon père me trainait au tour du pic du Midi d’Ossau, en Béarn. A 17 ans, je faisais du stop avec mes skis de randonnée. Je me souviens qu’à la nuit tombée, à la sortie de Tarbes, un paysan me chargeait. Arrivé en rase campagne, en sortant les skis de la bétaillère, ceux-ci étaient plein de purin ! La passion était plus forte que ces petits désagréments. A 27 ans, je quittais un bon « job » à la Défense, pour « descendre » aux Pyrénées. A 37 ans, avec quelques copains, nous grimpions, en ski de randonnée, le Vignemale, le Balaitous et quelques autres… A 47 ans, 57 ans, les Pyrénées toujours. On l’aura compris, pour moi, sans les Pyrénées, point de respiration.
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