Pombie 1967-2017 – La saga des Gardiens (acte 2, 1971-1975) : Hervé et Renée BUTEL, un photographe, une dessinatrice à la barre !


Refuge de POMBIE : Hervé BUTEL et son fils Guillaume. Crédit : JM OLLIVIER

Hervé BUTEL est décédé le 23 août 1989 sur les pentes de l’arête est de l’Arriel. Un sinistre rappel pour tous, gardiens, grimpeurs et randonneurs, que les Pyrénées ne sont pas qu’un simple terrain de jeu magique et exaltant. Un rocher se détache. L’irréparable se produit. Merci à Renée, son épouse d’avoir bien voulu témoigner à la place d’Hervé sur leurs « années Pombie ». Un retour en arrière pas simple.

Palois, grimpeur expérimenté*, Hervé BUTEL a déjà une première expérience d’un an comme porteur au Chalet Alpin du Tour, dans le massif du Mont-Blanc, quand Jean SUBERVIE, président du CAF de Pau, lui propose de prendre la suite de Jean-Louis PÉRÈS à la fin de la saison 1971.

Refuge de POMBIE : Renée aux « fourneaux » à Pombie. Crédit : JM OLLIVIER

Hervé et Renée montent à Pombie dès le mois d’octobre. Objectif : être ouvert pour l’hiver. Du moins pour les vacances de Toussaint, Noël, nouvel an et Pâques. Une expérience qui sera reconduite pour Pâques 72 et abandonnée par la suite. Force est de constater que seuls des amis montent sur place à ces dates.

Approvisionner le refuge n’est pas simple. La route qui conduit de Gabas au Pourtalet est fermée au niveau du Pont de Camps pour l’hiver. La clientèle espagnole pour le ski n’existe pas encore. Franco disparait en 1975 et l’Espagne ne rejoint l’Europe que 11 ans plus tard. Le col du Pourtalet mettra longtemps avant d’être ouvert régulièrement. Le portage des provisions se fait donc, dans la neige, par le vallon de Pombie. Pas évident et, il ne faut pas compter sur Marquise, l’ânesse des PÉRÈS reprise par les BUTEL, ni sur les héliportages qui ne sont utilisés à cette époque que pour les travaux. N’ayant pas de voiture, Hervé et Renée doivent aussi compter sur l’aide précieuse de la famille et d’amis. Les approvisionnements : pas simples !

Hervé souhaite monter un atelier de photographie en vallée d’Ossau et profiter des saisons à Pombie pour faire de la photo. De son côté, Renée enseigne, au collège à Nay, le dessin et les arts plastiques. Un travail qu’elle conservera pendant les 4 saisons de gardiennage d’Hervé. Comme pour Jean-Louis et Michèle PÉRÈS, il s’agit de trouver un complément de rémunération. Le refuge ne suffit pas.

Les deux premières saisons, sont plutôt calmes. Des moments de joie pour le jeune couple qui partage son temps entre famille et amis.
Le Parc National achève assez rapidement l’axe Ayous, Peyreget, Pombie, Soques, Arrémoulit qui correspond à celui de la HRP (Haute Route des Pyrénées). Un bouleversement se produit alors. Aux grimpeurs, surtout cafistes et aussi espagnols (des « durs » ceux-là!), s’ajoutent de plus en plus de randonneurs.

Si le jeune Parc National commence à générer du trafic au refuge, il a aussi ses exigences. A cette époque, les montagnards n’ont pas le souci de descendre dans la vallée leurs déchets. Des boites de sardines, de pâté, des papiers, du plastique jonchent les sommets alentour et les bords du lac de Pombie. Les bouteilles sont abandonnées à même le sol.

Au refuge, depuis son ouverture, il a été pris l’habitude de mettre les déchets dans des sacs bleus clairs qui sont ensuite entassés dans un coin de la raillère. On les voyait depuis le sommet de l’Ossau !

Le Parc ne veut plus de cela et contraint à nettoyer la raillère. Hervé, entouré d’amis, de membres du CAF et du Parc National, s’attelle à la lourde tâche. Plusieurs rotations d’hélicoptères sont nécessaires pour descendre les déchets collectés à Anéou.
Cette « opération commando » réalisée, Hervé doit continuer à nettoyer tous les coins et recoins autour du refuge et de son lac. Il y passe beaucoup de temps.
Il doit aussi s’assurer que les montagnards descendent leurs déchets. Toute une éducation à faire, pour changer de mauvaises habitudes, qui prend aussi du temps et de l’énergie. Un supplément de travail pour la famille BUTEL qui, de son côté, se met à évacuer les déchets du refuge à dos d’âne.

Gérer Pombie devient contraignant d’autant plus qu’avec l’augmentation du nombre de randonneurs, les demandes se font plus pressantes pour manger à tout instant. Quand elle est là, Renée cuisine de bonnes garbures, « façon Barétous, ma vallée d’origine », et complète les repas par du rôti de porc, jambon, fromage du pays. Le gros des provisions vient des commercants de Laruns : Coudouy pour la viande et la charcuterie, Arros pour l’épicerie générale, Béchat pour le vin et Sanchette pour « ses énormes et délicieuses miches de pain ». Quelques fruits proviennent aussi des « ventas » du Pourtalet.

Hervé BUTEL, Marquise et Anéou, le labrit

Un âne rejoint Marquise pour le port des charges. Des animaux pas toujours facile à contrôler et enclins, dès qu’ils ne sont pas surveillés, à descendre rejoindre leurs collègues dans le vallon de Pombie.

Les bergers des trois vallons (Pombie, Magnabaigt, Anéou) prennent l’habitude de se retrouver ensemble, tous les 14 juillet et les 15 août, pour déjeuner au refuge. Un déjeuner qui se prolongeait tard dans l’après-midi. Les chants béarnais « réchauffent alors le refuge ». Une occasion, d’oublier la solitude de l’estive, que les bergers ne voulaient rater à aucun prix.

La réputation du pic du Midi d’Ossau se répand. En juillet 1974, un sherpa népalais, Pertimba, grimpe au sommet de l’Ossau, accompagné par Paulette DAUDU, dite Popo, une grande pyrénéiste paloise. Il avait été son porteur et guide lors d’une expédition dans l’Himalaya.

Crédit Renée BUTEL – versant sud muraille de Pombie

Le 29 et 30 juin 1975 ont lieu les « 9ᵉ Rencontre Féminine de Haute-Montagne ». Des alpinistes expérimentées, avec parmi elles quelques himalayistes dont Popo, sont présentes. Elles viennent d’Allemagne, Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Italie, Bulgarie, Suisse, Hollande et France. Pas une représentante espagnole ! Certaines alpinistes ont leurs propres guides. Les autres sont encadrées par Jean OSCABY, Gigi BERGES et Bernard PEZ accompagnés de nombreux grimpeurs des vallées proches. Une équipe de télévision de Bordeaux suit les escalades depuis le sommet de l’Ossau. Deux techniciens avaient du y porter 25 kilos chacun au sommet ! Les exploits étaient partout.

Une première descente du pic du Midi d’Ossau, est réalisée en Deltaplane le 19 juillet 1975. Il faudra 6 heures à Jean-Marie BLANC, dit Bil ou encore Mr. 45000 watts, pour monter au sommet les 16 kilos de l’engin et seulement 14 minutes pour planer jusqu’à Anéou. « De vrais masos, mais quel pied ! » rapporte le carnet que tenait Hervé. Il ajoute que le même delta-plane, un « Hill Plane » fabriqué à Biarritz, avait réalisé la descente du Canigou peu de temps auparavant, piloté cette-fois par Jacques SOLERE.

En septembre de la même année, c’est au tour d’alpinistes russes de venir. L’Ossau est bien sur la carte des grimpeurs du monde et avec lui : le refuge de Pombie !

Avec les grimpeurs et les randonneurs de plus en plus nombreux, il y a quelques fois des accidents. Sans téléphone au refuge, il n’y avait pas d’autre remède que de descendre en courant, à l’hôtel des Casadebaig au Pourtalet, pour alerter les secours. Ce n’est qu’en 1976, après le départ des BUTEL qu’un premier téléphone est installé. Un confort nouveau qui permettra aussi de pouvoir gérer les réservations en « temps réel ». Enfin !

Hervé BUTEL portant Romain

Guillaume, né en avril 72, et Romain, en octobre 1974, viennent agrandir la famille. Ils passent la saison « là-haut ». Se pose alors le problème du lavage du linge des « petits ». Les PÉRÈS avaient laissé la solution avec un tambour métallique tout rond qui n’attendait qu’à être mis action par le mouvement ininterrompu d’une manivelle. Pour une plus grande propreté, il fallait alterner le sens de la rotation. La crampe menaçait au bout d’un moment!
L’emploi du temps se complique, d’autant plus que Renée, avec son travail dans la plaine de Nay, n’est finalement disponible que les fins de semaines et durant les mois de juillet et d’août. Hervé doit donc assurer seul la permanence au refuge, en juin et septembre, tout en préparant l’installation d’un laboratoire photo à Gère-Bélesten à partir de 1973. Terminé en 1975, les premières commandes arrivent. La décision de redescendre définitivement s’installer dans la vallée est prise dès la fin de la saison. En 4 saisons, les BUTEL auront vu l’activité de Pombie profondément se transformer.

De ces années-là, Renée conserve aujourd’hui beaucoup de sensations fortes : « Les mots sont presque vulgaires pour les décrire. Dès Anéou, l’océan de pâturages et les bouffées d’air qui vous assaillent. L’odeur des rhododendrons, de la réglisse et des myrtilles qui monte aux narines. La puissance des murailles de l’Ossau avec ses couleurs chaudes, rouges, jaunes. Ses couleurs changeantes en permanence.» Sensations fortes renforcées par une belle expérience montagnarde, partagée entre famille et amis. Des années bonheur, mot qu’elle répète. Tout comme Jean-Louis PÉRÈS, son prédécesseur à Pombie. Une « énergie positive » flotte-t-elle sur le refuge de Pombie ?

– par Bernard Boutin

*Hervé BUTEL s’est illustré par la première ascension hivernale en solitaire en mars 1966 du couloir Pombie-Suzon à l’Ossau, et celle, toujours en solitaire de la Grande Lézarde au Balaïtous en mars 1967. Il est aussi l’auteur de plusieurs voies nouvelles à l’Ossau, Ansabère et Gourette.

Crédit photo : Hervé BUTEL et Jean-Marie OLLIVIER

 

 

A propos Bernard Boutin

A 7 ans, mon père me trainait au tour du pic du Midi d’Ossau, en Béarn. A 17 ans, je faisais du stop avec mes skis de randonnée. Je me souviens qu’à la nuit tombée, à la sortie de Tarbes, un paysan me chargeait. Arrivé en rase campagne, en sortant les skis de la bétaillère, ceux-ci étaient plein de purin ! La passion était plus forte que ces petits désagréments. A 27 ans, je quittais un bon « job » à la Défense, pour « descendre » aux Pyrénées. A 37 ans, avec quelques copains, nous grimpions, en ski de randonnée, le Vignemale, le Balaitous et quelques autres… A 47 ans, 57 ans, les Pyrénées toujours. On l’aura compris, pour moi, sans les Pyrénées, point de respiration.
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