J 26 – Lever de rideau grandiose au « Coret de Mulleres » !


Col de Mulleres : la face ouest

Col de Mulleres : la face ouest

Le refuge de Conangles (1555m), avec ses chambres individuelles, aura permis une bonne nuit « réparatrice », après les longues étapes des deux jours précédents. Il le fallait bien car celle du jour s’annonçait encore plus exigeante : le tracé du GPS annonçait 1745m de dénivelés grimpants et 18 kms à parcourir ! Objectif du jour : atteindre le Col de Molières (Coret de Mulleres) à 2928 m et descendre jusqu’au refuge de la Renclusa au pied de l’Aneto.

Cette étape nous fait quitter, le val d’Aran, pas tout à fait catalan même si intégré administrativement à la Catalogne, pour entrer en Aragon, une région bien espagnole celle-là. Le gardien de Conangles : « Si la Catalogne obtient l’indépendance, nous Aranais allons alors demander l’indépendance de la Catalogne… ». Quelle « auberge espagnole » que ce pays-là !

Ces considérations mises de côté, l’univers « Mulleres » (Molières) avec sa vallée, son gave, ses lacs, ses mines, son col et son Tuc (pic) attend de pied ferme « la mule et son intello », Connie et Jérome. Le départ se fait dans des estives à l’herbe haute et épaisse, extrêmement fleuries. Les troupeaux (2000 bêtes) doivent arriver dans quelques jours. Le printemps nous offre ce qu’il a de plus beau : Une profusion d’odeurs, de couleurs, d’insectes. On est le premier juillet !

La progression régulière, le long du gave de Mulleres, nous fait atteindre la forêt, la traverser pour enfin atteindre un premier lac. Il y en aura trois autres. Au fur et à mesure que nous montons, ils sont plus gelés et couverts de neige. Une neige bien tassée qui s’enfonce légèrement sous nos pas et facilite la montée. Avec un tel enneigement, il est difficile d’imaginer que l’on est en été. Au sud proche, à Lérida et Saragosse, les températures flirtent avec les 40°.

L’endroit est beau et très sauvage. Les crêtes, du cirque qui nous dominent, sont ciselées comme de la dentelle. La pente est de plus en plus raide. Elle atteindra les 45° sous le col qui est atteint par un passage d’escalade facile.

La longue montée pour le col, la concentration nécessaire pour traverser des névés recouvrant des éboulis de pierre – attention au pont de neige qui s’enfonce sous le poids du randonneur- , tout cela ne nous prépare pas au choc qui nous attend. A peine nos mains nous hissent au-dessus de la ligne de crête, effilée comme un lame de rasoir (enfin, presque…), à peine l’escalade finale terminée, alors que nous avions le nez collé à la pente, voilà que s’ouvre soudainement devant nous une vue grandiose vers le Massif de la Maladeta et l’Aneto (3404m), le seigneur des lieux. Un lever de rideau à vous couper le souffle. Un moment inattendu, magnifié par la concentration qui le précédait. Une grand souffle d’air nous frappe alors : 1500 m de dénivelés montants viennent de s’achever. L’esprit peut enfin se libérer.

Sous nous, vers l’ouest, les pentes ne sont que neige, rochers et gaves en cascades. Piolet à la main, nous faisons de la « ramasse » pour rejoindre la vallée qui est encore loin. A vouloir aller trop vite, à vouloir prendre des photos pour immortaliser ces lieux, ces instants de bonheur, l’intello en oublie -où ?- son appareil photo. A moins que cela ne soit la bandoulière qui se soit détachée ? Il remonte. Cherche dans la neige, les rochers, le long des gaves en furie. Rien n’y fait. De cette journée, l’intello n’aura pas de photos souvenir. Mais, tout est bien gravé dans sa tête. Quant à l’appareil, c’était un Fujifim X20. Un bon outil. Si vous le voyez , sous le Col de Mulleres, versant ouest…

Pour les étapes suivantes, l’intello en sera réduit à utiliser la fonction « photo » de son ipad-mini. Pas pratique à utiliser car, conservé dans le sac à dos, il faut chaque fois ouvrir celui-ci pour le sortir et prendre des photos qui au final « tiennent tout à fait la route ». Connie propose alors les photos, faites avec son portable, pour illustrer cette étape. Heureusement. D’ailleurs, ses photos compléteront aussi celles des étapes suivantes. Son oeil voyant des détails différents, cet apport enrichit la « mule et l’intello ».

La descente reprend, avec un intello de bien mauvaise humeur. La mule le sent. Arrivé au plat d’Aigualluts, la fonte des glaciers de la Maladetta gonfle les gaves dans de telles proportions qu’il n’est pas possible de couper par l’ouest le plat et monter directement vers le refuge de la Renclusa. La mule, l’intello, Connie et Jérome sont contraints de descendre jusqu’au chemin qui mène de la Bersuta au refuge. Un détour, pas obligatoirement bienvenue, sauf qu’il passe par le Forau d’Aigualluts, le fameux Trou du Toro. Un caprice géologique rare d’un diamètre de 70 m et d’une profondeur de 40. A cet endroit s’engouffre, dans un vacarme assourdissant, l’eau qui descend de la Maladeta. Il y en a beaucoup ce jour-là. Il fait très chaud. Le fonte est rapide. Le lieu est étonnant à voir.  L’eau réapparait 4 kilomètres plus loin, dans le val d’Aran, à l’Uelhs deth Joeu (l’œil de Jupiter) et coule alors vers la France. La Garonne tient donc sa source en Espagne, sous l’Aneto. Tout ce territoire devrait être français, la ligne de séparation des eaux étant théoriquement la frontière entre la France et l’Espagne.

Après une remontée de 30 minutes, le refuge est atteint. Il est complet. C’est le point de départ pour l’Aneto. Ce soir, les « croquetas » seront excellentes et un calendrier de la Guardia Civil est affiché à l’accueil du refuge. La mule et ses trois compagnons viennent enfin d’entrer… en Espagne !

– par Bernard Boutin

Nota :
– Le verdict du GPS
J 26 Conangles – Refugio de la Renclusa : 3,3 k/h, 6h50 de marche, 11h06 de rando, 22 kms parcourus, 1818m de dénivelé positif
– * J 26 de la traversée des Pyrénées d’est en ouest de la « mule et l’intello ». Les précédentes étapes, c’est ICI
– Crédit photo : Connie Mayer et Patrick Gourinel (panorama de la Maladeta depuis Mulleres)

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A propos Bernard Boutin

A 7 ans, mon père me trainait au tour du pic du Midi d’Ossau, en Béarn. A 17 ans, je faisais du stop avec mes skis de randonnée. Je me souviens qu’à la nuit tombée, à la sortie de Tarbes, un paysan me chargeait. Arrivé en rase campagne, en sortant les skis de la bétaillère, ceux-ci étaient plein de purin ! La passion était plus forte que ces petits désagréments. A 27 ans, je quittais un bon « job » à la Défense, pour « descendre » aux Pyrénées. A 37 ans, avec quelques copains, nous grimpions, en ski de randonnée, le Vignemale, le Balaitous et quelques autres… A 47 ans, 57 ans, les Pyrénées toujours. On l’aura compris, pour moi, sans les Pyrénées, point de respiration.
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