J 9 et 10 : Journée-repos à Cal Paï et traversée de la Cerdagne


Cal Paï : Musica !

Cal Paï : Musica !

22 août au soir – Françoise Massot tient le gite de Cal Paï depuis de longues années. Elle maitrise son sujet. Sa marque de fabrique : l’authentique. Atmosphère vieux bois, vieilles pierres, nourriture bio et musique latino. 

Pour l’équipage fatigué, Cal Paï, c’est le paradis. A tel point que décision est prise d’y faire un « break » d’une journée afin de reposer les troupes, laver le linge, sécher les chaussures et enfin pouvoir se raser à l’eau chaude dans un lavabo avec bouchon. La randonnée rend aux choses leur juste prix !

A 19 h, devant le vieille ferme, nous avons droit, autour d’un apéritif, à un récital tenu par un duo inespéré en ces lieux. Il s’agit d’amis de Françoise : lui est guitariste, elle, née à Madagascar, rappelle immédiatement, dès ses premières intonations et son allure, Cesaria Evora, la diva du Fado. S’en suit une heure de grands classiques latinos mélangeant musique des caraïbes, des pianos-bar de Lisbonne ou des casetas des ferias de Malaga et de Séville. Ce soir-là, il y avait de la magie dans l’air à Cal Paï. L’orage du matin était bien loin.

A 20 h (précise car, l’heure, c’est l’heure chez Françoise Massot), nous dinons d’une « soupe au potiron bio », d’un « crumbel d’agneau » et terminons avec une « pastèque aux groseilles et menthe ». Et comme, il fallait une suite à ces bons moments, le petit déjeuner du lendemain, permettra de déguster des confitures faites maison, uniques en leur genre : gelée de sureau, gratte-cul, rhubarbe, pêche-menthe, banane-gingembre. Passons sur les tartes maison ou la crème fraiche du paysan… On l’aura compris, Cal Paï est une adresse incontournable au coeur de la Cerdagne.

Pour occuper le lendemain, journée de repos, l’intello file passer de longues heures avec les ornithologues qui comptent les passages de rapaces au « spot d’Eyne ». C’est le temps des migrations du nord vers le sud. La chaine pyrénéenne est traversée en deux endroits « bas » à ses extrémités : à Eyne en Catalogne et le col d’Organbidexka en Pays Basque.

Ce jour-là, François, le responsable du site est épaulé par 6 « compteurs », tous des bénévoles : un français, deux hollandais et trois catalans espagnols. Pas un rapace ne leur échappe. Entre 10 h et 15 h, 1560 bondrées apivores seront comptées (un record pour le « spot »), quelques circaètes Jean le Blanc, des milans noirs, précurseurs de la grande migration à venir. Les vautours fauves, des autochtones ceux-là, font des allers et retours au-dessus de nous.

Le site dominant la plaine. On voit, circuler au loin le célèbre train jaune, les installations de Font Romeu ou encore, le four solaire d’Odeillo. Un bon moment de détente.

Retour à Cal Paï, récupération du linge sec, préparation du sac. La Mule craint à nouveau le pire. Elle a somnolé toute la journée dans les prés autour du gite. Trop cool. Un ultime diner, une bonne nuit et le lendemain, 24 août, départ pour traverser dans le sens de la largeur la Cerdagne. Objectif : le lac des Bouillouses et le refuge CAF situé à coté : 17 kilomètres à parcourir. Une étape tranquille.

Il s’agit de commencer par 242 m de dénivelé descendant jusqu’à Bolquère où l’on voit toute la « puissance de feu financière » de la bourgeoisie catalane espagnole qui s’y fait construire des chalets en bois massifs. On se croirait en Suisse !

A Bolquère, 640 m de dénivelé grimpant nous attendent. Un panneau annonce que, par le GR 10, Banyuls est à 155 kms et Hendaye à 715. Une paille !

A partir de Bolquère, l’équipage chemine dans de larges voies forestières. La forêt est très belle. Sous les bâtons, un magnifique cèpe se « fait pièger ». L’intello charge la mule en espérant qu’au refuge, ils voudront bien le cuire en omelette.

La marche est rapide jusqu’au premier lac, l’Estany de la Pradella, qui préfigure les Bouillouses. A l’Estany, la foule des touristes circule parmi les chevaux qui sont au bord de l’eau. Depuis Banyuls, en dehors du Boulou, l’intello n’avais pas vu de touristes mais seulement des randonneurs. Ceux-là, on les reconnait de suite. Leur gros sacs les trahissent.

Le refuge du CAF est vite atteint. Le local est bien placé avec une vue magnifique sur les Bouillouses dominées par le Puig Carlit. L’intello aura une bonne chambre pour lui seul. Après réflexion, les repas étant les même pour tous dans les refuges, il préfère offrir son cèpe au gérant qui, en retour, l’invite à l’apéro. Sympa…

Par contre, le repas est décevant avec une soupe, provenant très probablement de « bricks », des lasagnes et une tarte aux myrtilles industrielle. Un groupe d’espagnols présent n’y touche même pas. L’intello mange sa part. Il lui faut des calories pour compenser les heures de marches. Les responsables de refuges et de gites ne prennent pas toujours en compte ce besoin de compenser des gros marcheurs. Les portions sont souvent trop réduites.

Comme toujours, passage au lit dès 21h30. Une journée de transition facile vient de s’achever. Demain, l’ambiance sera très différente avec, la montée du Puig Carlit, pic qui est le plus haut des Pyrénées-Orientales (2921 m) et, une étape de 28 kilomètres pour atteindre l’Hospitalet-près-l’Andorre. Après 9 jours, l’équipage va quitter les Pyrénées orientales et (enfin) entrer en Ariège.

– par Bernard Boutin

A propos Bernard Boutin

A 7 ans, mon père me trainait au tour du pic du Midi d’Ossau, en Béarn. A 17 ans, je faisais du stop avec mes skis de randonnée. Je me souviens qu’à la nuit tombée, à la sortie de Tarbes, un paysan me chargeait. Arrivé en rase campagne, en sortant les skis de la bétaillère, ceux-ci étaient plein de purin ! La passion était plus forte que ces petits désagréments. A 27 ans, je quittais un bon « job » à la Défense, pour « descendre » aux Pyrénées. A 37 ans, avec quelques copains, nous grimpions, en ski de randonnée, le Vignemale, le Balaitous et quelques autres… A 47 ans, 57 ans, les Pyrénées toujours. On l’aura compris, pour moi, sans les Pyrénées, point de respiration.
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