J 5 et 6 : Le Canigou se défile


Le Canigou

Le Canigou

Refuge de Batère, le 19 août : La mule émet un préalable à reprendre la grimpée vers le Canigou. Elle veut inspecter le picnic que l’intello vient de charger dans son bardât. Il s’agit de tenir toute la journée avec. Le sac papier (biodégradable) contient un sandwich jambon blanc, une salade de nouille, une pomme, un fromage blanc et une barre céréalière faite au refuge. Somme toute, un panier repas assez classique. L’intello met le GPS en route. Il prévoit 941 m de dénivelé positif et une distance à parcourir de 16,1 kms. Plutôt cool. L’équipage se met en route.

C’est une très belle « promenade » en forêt qui accompagne nos deux compères même si le brouillard rend l’atmosphère un peu étrange. L’ambiance est bonne. Enfin, la « haute » montagne s’approche. Au passage d’un ruisseau, un magnifique bouvreuil décolle à quelques mètres. Un moment rare !

Le sentier finit par sortir du bois, le brouillard s’épaissit. L’heure de la pose approchant, c’est face à un rocher « tagué » que le picnic est dégusté. Le tag, « street art » à l’origine, prend de l’altitude. Un peu plus loin, la carcasse d’un avion anglais, qui s’est « craché » là, est aussi tagué. Sacrilège ou non ? L’avion, un Dakota faisant  la liaison Londres-Barcelone le 7 octobre 1961, aurait eu ses instruments de vol déréglés par la masse ferrugineuse du Canigou. Les 31 passagers et 3 membres d’équipage périrent sur le coup. C’est un moment à part que de découvrir cette épave le long du sentier mais, déjà, la sortie du bois s’approche et apparait le bel ensemble de bâtiments en pierre de taille qui compose le refuge des Cortalets. Pour la première fois depuis le départ, la cote des 2000 m est passée. Le refuge est situé à 2150 m d’altitude et offre une très belle vue sur le Canigou. Vraiment un beau coin.

Il y a beaucoup de monde au refuge et autour. Il faut dire que le Canigou se gravit, depuis les Cortalets, en 1h30. Tout le monde (ou presque) peut y accéder. Le lieu est très populaire d’autant plus que la Canigou est emblématique pour tous les catalans, du nord comme du sud. On le voit depuis la mer, on le voit depuis la plaine. Il est un symbole de la nation catalane, surtout pour les catalans « espagnols » qui le gravissent en masse équipés de drapeaux rayés jaune et rouge. Photo souvenir oblige.

A la St Jean, fin juin, les « locaux » montent des fagots de bois en grande quantité au sommet du Pic pour y mettre le feu à la nuit tombée. Il est alors vu de très loin. Le flamme est ensuite récupérée et conservée toute l’année dans la vallée avant d’être régénérée à la St Jean suivante. Une belle tradition qui crée un lien fort entre tous.

Le refuge est une « grosse machine ». Près d’une dizaine de personnes sont nécessaires pour le faire tourner. Il reste cependant « cozy » et agréable. Pour diner, des catalans de Barcelone veulent, à tout prix, démontrer à l’intello que l’indépendance de leur territoire est légitime. Madrid pomperait toute leur richesse vive, les andalous seraient des paresseux etc. L’intello, républicain français, leur rétorque que sa nation est « une et indivisible », que la solidarité entre les territoires est nécessaire et qu’ils vont précipiter la balkanisation de la péninsule ibérique. Ce n’est pas leur problème. L’égoïsme des riches ! Bref, la tension monte d’un cran…

Etant seul dans sa chambre, il dormira plutôt bien se questionnant toutefois s’il pourra gravir, ou non, le Canigou le lendemain. Depuis, le refuge, la montée se fait par le versant nord, ce qui ne pose pas de problème mais, dans le cas de notre équipage, pour continuer sa traversée des Pyrénées, il doit redescendre le pic par la face sud où une cheminée assez aérienne les attend. Ludique à monter, elle devient compliquée à descendre pour faute de visibilité et, le poids du sac peut compliquer la chose. Une descente à ne faire, que si le rocher est sec et accompagné de préférence. La mule rechigne à cette idée.

20 août : Il bruine. Il y a du brouillard. Notre équipe itinérante n’a pas le choix. Elle doit avancer. Décision est donc prise de contourner le massif du Canigou par l’Est en montant les crêtes du Barbet qui atteignent tout de même 2712 m., soit quelques dizaines de mètres de moins que le Canigou lui-même. Une consolation, la vue, si le brouillard le permet, sera belle sur celui-ci.

Pas de chance, au fur et à mesure que l’équipage monte la crête, le vent augmente, la pluie se transforme en grésil. Serre-tête, poncho et protège-sac deviennent de rigueur. La mule se cache derrière ses oreilles.

La progression avance bien, malgré tout, et nous dépassons trois béarnais partis devant nous. Les nuages sont au-dessus de nous, en-dessous aussi. Une triste journée alors qu’elle devait célébrer la montée de l’emblématique Canigou. Nous reviendrons. C’est toujours ce que l’on dit dans ce cas-là. La mule n’est pas d’accord.

Le col de la Porteille de Valmanya est atteint assez facilement. Descente vers le refuge de Mariailles (1718 m) dans une belle longue vallée. Près du refuge Arago, les deux premiers isards du « périple » paissent tranquillement. Le manque de pastoralisme, en Catalogne, ne favorise pas la chaine alimentaire. Les rapaces et autres prédateurs sont plutôt rares par rapport à la partie occidentale de la chaine. Les montagnes, si belles soient elles, paraissent souvent mortes. Dommage.

Il pleuvote jusqu’au refuge de Mariailles qui est « bondé ». Nous sommes entassés comme des sardines dans les dortoirs. Bon diner, un peu court sur les portions, avec deux groupes de béarnais autour de moi, les uns de Pontacq, les autres de Lembeye. De sacrés montagnards que ces béarnais !

Vivement le lendemain et la montée au Pla Guilhem qui se prolonge par une ligne de crête d’environ 12 kilomètres, entre 2200 m et 2400 m. Le guide Trans’Pyr annonce que cette crête est unique dans les Pyrénées et qu’elle ressemble à un plateau Népalais. Sa découverte : un moment important attendu, par la mule et l’intello, dans cette traversée des Pyrénées. Terminée la crête, l’équipage descendra vers le sud, à partir de la Porteille de Morens, en direction du refuge d’Ull des Ter en Catalogne espagnole.

Le moral est bon. La mule n’a pas de problème avec son genoux droit arrière. Par contre, devant, ses bâtons ont une fâcheuse tendance à se rapetisser quand ils sont trop sollicités. Il faudra les régler. Cela peut-être dangereux en dévers.

– par Bernard Boutin

 

A propos Bernard Boutin

A 7 ans, mon père me trainait au tour du pic du Midi d’Ossau, en Béarn. A 17 ans, je faisais du stop avec mes skis de randonnée. Je me souviens qu’à la nuit tombée, à la sortie de Tarbes, un paysan me chargeait. Arrivé en rase campagne, en sortant les skis de la bétaillère, ceux-ci étaient plein de purin ! La passion était plus forte que ces petits désagréments. A 27 ans, je quittais un bon « job » à la Défense, pour « descendre » aux Pyrénées. A 37 ans, avec quelques copains, nous grimpions, en ski de randonnée, le Vignemale, le Balaitous et quelques autres… A 47 ans, 57 ans, les Pyrénées toujours. On l’aura compris, pour moi, sans les Pyrénées, point de respiration.
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