Anouilhas – Le jardin secret des Ossalois !


devant : le plateau d’Anouilhas

Plus bas : 800 m pk Eaux-Bonnes
Plus haut : 2331 m col du Ger
Dénivelé : 1650 m
Distance parcourue : 19,4 km
Participants : Pierre Vidal et Bernard Boutin
Temps : beau et chaud, quelques gouttes en fin de journée.

Date : 12 août 2024

Indiscutablement, l’un des plus beau et des plus méconnu « coin » de la vallée d’Ossau est celui compris, dans le sens des aiguilles d’une montre, entre le pic du Gerᵗ , l’Amoulatᵗ , les trois Arcizettes, le Cézy, La Brèqueᵗ , le Montcougesᵗ et l’Aucupatᵗ. Les citer tous pour se rendre compte de la grande variété des sommets qui le bordent. Entre ces sommets, deux plateaux : celui d’Anouilhasᵗ et celui des Cordonasᵗ avec son prolongement jusqu’au col d’Arre.
Un petit paradis montagnard, avec ses très nombreux gouffres, ses Lapiaz calcaires de Pouey et du Capéran, ses pics élancés, couleur craie, dominés par le Ger 2615, l’Amoulat et les Arcizettes. Un univers que les spéléologues parcourent depuis bien longtemps à la recherche… de quoi d’ailleurs ? Ils ont même installé un camp de base sous le Capéran de Ger. Une cabane étonnante en grosses pierres calcaires sur laquelle est « amarrée » une toiture flambant neuve faite de planches en bois dont on peut penser qu’elle ne passera pas l’hiver ! Voir photo.
Ce secteur, dont le point central, pourrait bien être le plateau d’Anouilhas (1815 m), avec les deux cabanes de berger de Pouey et de Lou Boucau, est « méconnu du public ». Situé juste au-dessus de Laruns, où passent tant et tant de touristes, le secteur d’Anouilhas est le jardin secret des Ossalois. Protégé par 1000 mètres de dénivelé et une grimpée tonique depuis Eaux-Bonnes ou Eaux-Chaudes, Anouilhas voit bien quelques randonneurs l’aborder par la combe de Balour, les pentes de Cambeilh ou le col de Lurdé mais rarement ceux-ci le traversent. Ils ne font que l’effleurer pour aussitôt basculer vers Eaux-Bonnes, Eaux Chaudes ou Gabas.
Le plateau d’Anouilhas, une longue et profonde dépression, couverte de vertes estives, où l’eau ne peut s’en échapper que par un gouffre : celui de Lou Boucou (la bouche). Il n’y a pas d’autre escapade possible pour elle. Ses abords sont partout dominés. Venu d’Eaux-Chaudes, par la Combe de Balour, il faudra descendre 70 mètres de dénivelé pour rejoindre le plateau du coté de la cabane de Pouey. Le pastoralisme doit y être millénaire. Des sentes animales partout. Blondes d’Aquitaine et brebis sont ici chez elles. Le plateau fait référence aux génisses, le Pambassibé aux jeunes agneaux (voir toponymie au bas du CR)…
Passé le plateau, un nouveau plateau, celui des Cordonas. De beaux chardons bleu des Pyrénées le tapissent. Les suivre. Ils conduisent à la ruine de la cabane d’Aucupat et un troisième plateau, sans nom celui-ci. Lui en donner un : le plateau des Arcizettes, du nom de ces trois formidables pyramides calcaires qui le dominent. Toutes en pierrailles fuyantes. Les gravir, c’est se mettre à risque… L’Intello y était une fois. A la plus grande. Il n’y retournera pas. Trop « expo ».
Passé la ruine d’Aucupat, montons vers le col du Ger. Long cheminement régulier, sur herbe, sans difficulté et bien tracé. Estives parcourues depuis « belle lurette » par les troupeaux. Iris, crocus, séneçons des Pyrénées, immortelles à l’approche de dalles calcaires. Au col, le GPS affiche déjà 1630 mètres de dénivelé. Pas étonnant que dans le secteur il y ait si peu de monde ! La sortie démarre à 8h, se termine à 17h25. Une longue sortie de 19 km et seulement deux randonneurs croisés. Pas foule. Vus aussi, au loin 3 troupeaux avec leurs bergers. Jardin secret.
Au col 2340, longue pause sous les falaises calcaires du pic du Ger 2615. Magnifique massif facilement atteignable, depuis le col, par une crête qui monte plein Est : 270 m de dénivelé supplémentaires que nous nous « épargnons ». Partir une heure plus tôt pour cette sortie de 1900 m de dénivelé.
Sur le Capéran du Ger, en face de nous, des vautours sont perchés. Les isards ne sont pas loin non plus, sous les pentes calcaires, du salon du Ger. Là-bas, personne n’ira les déranger.
Début du retour, en boucle, par une descente plein nord, qui demande attention sur les premiers mètres. Un bref passage, étroit, taillé dans le rocher sur des pentes à plus de 35°. Attention requise. Une corde est fixée là au cas où… En neige, s’abstenir ou alors être équipé crampons-piolet.
Après les estives de la montée, entrons dans l’univers calcaires des « lapiaz du Capéran ». Chaude couleur craie blanche. Plus humaine que froid granit. Navigation incertaine sur les dalles calcaires. Eviter les gouffres. Partir à gauche pour rejoindre la cabane des spéléos belges. S’y arrêter. S’étonner. A côté, repérer les « toilettes sèches » construite en rochers calcaires. Naviguer sur les dalles. Etre au milieu de nulle part. Loin de tout. Sentes approximatives. Atmosphère, atmosphère, vous avez dit atmosphère ! Magique.
Revenir sur la droite pour longer les belles aiguilles décharnées des Quintètes. Les pentes herbeuses reprennent leur place. Les fleurs aussi. Un nom pour ces lieux : le « jardin du Ger ». Y revenir au printemps (en évitant le passage en neige sous le col du Ger).
Au bas des aiguilles, les contourner pour rejoindre la Sourde, gave ravageur au moment de la fonte des neiges et à sec en été. Le calcaire : ça pompe énormément. Passé la Sourde, rejoindre le GR qui relie Gourette aux Eaux-Bonnes. Large chemin qui pourrait être route. Un projet abandonné ? Le suivre jusqu’à Eaux Bonnes. Dérouler sous la pluie et l’orage qui menace. Qu’importe la pluie, le spectacle du jour fait vite oublier ces petits maux.
Pot de fin de sortie au Richelieu. Excellent accueil. A recommander. Comme d’hab…
A plus sur les sentes

– par Beñat

Les randos d’avant : c’est ICI
ᵗ Séquence toponymie, science de l’incertitude (???), à la graphie incertaine. Source: Palay, Bérot, Bourbon, l’inspiration
– Plaa du gascon plaa = plateau d’altitude
– Cordonas du gascon cor, cordona = coin retiré, à l’écart
– Aucupat (cabane, col, sommet) du gascon aucùp = occupation, aucupà = occuper
– Pambassibé du gascon pam = pente, bassia/bassibé = jeunes brebis
– Montcouges du gascon coja = courge. Montagne arrondie comme une citrouille
– Plateau d’Anouilhas du gascon anoulhe = jeune génisse
– la Brèque du gascon bréque pour « dépression profonde de montagne » (Palay)
– Québotte pour petite quèbe = abris sous roche connus des bergers
– Ger : gèr, jèr, gérs = terrain gazonné sur la montagne (source : Palay)
– col de Lurdé du gascon lurde = sale, boueux (Bourbon)
– Amoulat (amolat) du latin ad-molam = aiguisé. Le pic est pointu, aiguisé à la meule (Bourbon).
– crête des Quintètes du gascon quinta, quinto, quintétos = crête pointue, rocheuses, difficile
Cliquez sur la première photo pour faire défiler la galerie. Crédit photo : Bernard Boutin

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