
Plus bas : 1369 m pk de la Fruitière
Plus haut : 2777 m brèche de Pouey Mourou
Dénivelé : 1600 m
Distance parcourue : 25,7 km
Collective du Club Alpin Pau : Adéline Massy, Isabelle Molin, Jean-Luc Paquet, Jean-Luc Guilhempourqué, Pierre Vidal, Marie-Line Specty encadrés par Bernard Boutin
Météo : brouillard, pluie, soleil, brouillard
Date : 19 juillet 2023
Après une dix-septième ascension du Vignemale, Henry Russell souhaite redescendre sur Gavarnie, non pas par le traditionnel vallon d’Ossoue mais par celui d’Aspé. Un première pour lui. Pour cela il rejoint le lac des Gentianes puis le col du même nom. Nous sommes le 12 aout 1887. Lisons-le : après être passé « au lac des Gentianes, petit lac profond et solitaire, d’un bleu pyrénéen, et dont la neige et les gentianes se disputaient les rives. Je me mis à rêver… Mais de quelle émotion, je fus saisi, lorsqu’en me retournant, je vis à l’ouest l’énorme masse du Vignemale, isolé de toutes parts, entièrement blanc, et soulevant audacieusement toutes ses neiges jusqu’au nues, comme s’il allait bondir dans un autre monde. C’était vraiment d’une écrasante magnificence, d’une majesté suprême, et dans les Pyrénées, je n’ai jamais rien vu d’aussi grandiose et d’aussi blanc, ni sur les Monts-Maudits, ni sur le Mont-Perdu ».
Quelques mètres de plus et l’explorateur arrive au col des Gentianes. Continuons la lecture : « Au nord, à 300 m plus bas, comme au fond d’un cratère, deux petits lacs couverts d’un suaire de neige dormaient d’un éternel sommeil (lac glacé et « petit lac du col »). Ce sont les plus élevés de tous les lacs de Soubiran. De quelles horreurs ces lacs sont entourés ! Quelle sauvagerie et quel décharnement ! Tous les rochers ont l’air féroces. Ces lacs glacés, en plein été, dans des gorges sombres, stériles et silencieuses, ont une blancheur sinistre et symbolique. On croit sentir le voisinage glacial d’un mort abandonné dans les régions polaires… L’eau est faite pour remuer, pour refléter le ciel, et pour sourire ».
Contrairement à Russell, nous arrivons au secteur d’Estom-Soubiran par le sud, depuis la Fruitière. Nous découvrons donc face à nous : le Vignemale et le glacier d’Ossoue. Une vue, effectivement, incomparable. Mais si, en août 1887, le lac glacé est couvert de glace et le massif du Vignemale couvert de neige, en juillet 2023, le décor a perdu sa virginité originelle. Le blanc du glacier, le blanc des névés se font rares…
Pour rejoindre les « pas de Russell », longue « élévation », depuis la Fruitière, pour une première étape au lac d’Estom et à son refuge. Pause café méritée, après les petits-déjeuners pris à 5 h du matin. Reprise de la montée pour rejoindre le lac Labas. Des rafales de vent, des rafales de pluie forcent les ponchos et couvre-sacs à se rendre utiles. La météo a prévu une belle journée. L’espoir faisant vivre, nous continuons. Au lac Labas, la pluie cesse (pour la journée). Observation de la, longue et impressionnante, raillère par laquelle nous reviendrons, au retour, depuis le col d’Estom Soubiran. Pensée partagée en silence : « jamais, je ne passerai par là… ».
Continuation vers les lacs des Oulettes, Couy, Glacé – de nom seulement -, « petit lac du col » et enfin au col des Gentianes où le massif du Vignemale se dévoile, dans son intégralité, au sud. Un dernier effort pour rejoindre la brèche de Pouey Mourou, située dans la schisteuse et reluisante crête d’Aspé. Pause déjeuner, coté nord, à l’abri du vent qui souffle en rafale depuis le sud. Dôme de chaleur en Espagne. Pause, à nouveau « méritée », après plus de 14 km de montée et 1500 m de dénivelé positif. Ce secteur, il faut « se le chercher ».
Retour sur le col des Gentianes pour descendre au lac des Gentianes où Henry Russell découvre « l’énorme masse du Vignemale, isolé de toutes parts, entièrement blanc… ». Les superlatifs se suivent les uns les autres : « magnificence, majesté suprême, grandiose ». Devant le lac, un promontoire, un « belvédère Russell » d’où effectivement le massif du Vignemale occupe tout l’espace comme jamais vu. Un vue superbe dont on ne se lasse pas. Seules manquent les neiges éternelles si chères à l’aristocrate-explorateur Russell. Photo-session depuis ce magnifique « spot ». Cela valait bien « le coup » de commencer la sortie à 7h30 pour la finir à 18h20…
Retour sur le lac des Gentianes pour entamer une longue session hors sentes afin de rejoindre le col d’Estom-Soubiran (2651) et de là plonger – oui, c’est bien cela – vers le lac Labas (2300) situé au fond du vallon. Une longue raillère sans fin qui commence par de petites cheminées demandant, sur quelques mètres, attention et « mains au rocher ». Ensuite, « tot dret », dans la caillasse sur près de 1,5 km. Inhabituel, fatigant par l’attention requise, mais au final une descente, entre le col et le lac, hors norme, bien différente des habituels sentes ou sentiers. Un début de boule retour bien entamé qui trouve sa continuité par la descente, sur les sentes de l’ancien cheminement HRP marqué blanc/rouge/blanc qui longent la rive droite du gave d’Estom-Soubiran jusqu’au lac d’Estom. A nouveau attention requise sur une sente encombrée de rochers et où la « main aux rocher » s’avère nécessaire de temps à autre. Au final, une descente aussi fatigante que la montée mais pour des raisons bien différentes.
Au refuge d’Estom, à nouveau du monde : campeurs, vacanciers, randonneurs etc… alors que nous n’avons croisé personne « là-haut ».
Fin de parcours dans le brouillard et une légère bruine. Rafraichissante et bienvenue pour les 5,6 km restant à parcourir pour rejoindre le parking de la Fruitière.
Une sortie à refaire un peu plus tôt, fin juin, pour profiter d’un meilleur enneigement sur le massif du Vignemale. Plus blanc, plus photogénique, n’est-ce pas Mr Russell ?
A plus sur les sentes.
– par Beñat
Les randos d’avant : c’est ICI
ᵗ Séquence toponymie (source le Palay, le Bourbon, l’inspiration… ) :
– Estom Soubiran du gascon Eth soum = Etsom = Estom = sommet et Soubiran pourrait provenir de soubiroû = qui est au-dessus, qui est plus haut (Palay)
– lac Couy du gascon couy = chauve
– Labas du gascon labàs, labassa = roche schisteuse, ardoise (Palay)
– Vignemale du gascon vinha mala, binha mala = hauteur sévère, difficile d’accès (Bourbon)
– Aspé du latin asper = rude, austère, abrupt, hérissé d’aspérités (Bourbon)
Crédit photo : Adeline Massy, Isabelle Molin, Marie-Line Specty, Beñat64
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